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Fin de cet événement il y a 2 semaines - Date du 15 novembre 2022 au 17 novembre 2022

Théâtre : "Sans Andromaque" à Anthéa (Mise en scène Frédéric Fialon)

Andromaque, ma soeur, vois-tu venir, sous le ciel du théâtre quelque chose d’un peu neuf, d’un peu culotté ? Quelque chose qui titille les sens, la tête, la sensibilité ? Oui ! La Cie La Berlue a monté « Andromaque », la célèbre tragédie de Racine, « sans Andromaque » et l’a ainsi intitulée.

Dans l’idée de moderniser la pièce, le comédien et metteur en scène niçois Frédéric Fialon a supprimé le rôle-titre, car il jugeait que le personnage était moins important que ceux d’Hermione, de Pyrrhus et d’Oreste.

Ces trois comparses sont plus complexes donc plus intéressants et ils suffisent, d’après les comédiens de la Compagnie La Berlue, pour exprimer l’essentiel de la pièce. Le texte est par ailleurs respecté dans l’ensemble (seuls quelques adjectifs sont changés ou supprimés sans que rien ne soit réécrit). Ainsi, raccourcie, la pièce pourrait mieux correspondre au rythme de la vie actuelle !

En maître des lieux, le metteur en scène accueille les spectateurs comme s’il recevait des invités, leur offrant apéro et amuse-gueules, les installant sur des bans qui entourent l’espace de jeu, les incitant ainsi à être dans l’action de la pièce qui se joue.

D’ailleurs, le personnage d’Andromaque est figuré par une spectatrice choisie à chaque représentation.

Bloquant sur son chagrin de la mort d’Hector, son mari troyen donc ennemi, Andromaque est prisonnière des Grecs, et ne s’intéresse pas à eux sur le plan amoureux, malgré les sentiments fougueux qu’eux expriment à son égard. Pyrrhus l’aime, mais elle reste une veuve inconsolable et cherche à protéger son jeune fils Astyanax.

Parfois l’un des comédiens s’empare d’un micro pour entonner une chanson.

Ainsi, se succèdent des tubes des années 80, telles « Besoin d’amour » de France Gall, « Amoureuse » de Véronique Samson, « Mourir pour mourir » de Barbara, ... qui expriment la soif d’amour des personnages et sont comme des respirations dans l’intensité de cette tragédie.

Les magnifiques vers de Racine sont parfaitement articulés. Un bravo particulier à Pierre Blain qui met une énergie remarquable dans son Oreste au désir frustré. Mais on regrette le manque d’intensité de Christelle Gasiglia pour une Hermione victime d’une jalousie dévorante. La comédienne ne change pas de registre de voix dans ses paroles quels que soient ses divers sentiments. Peut-être est-ce intentionnel. Il y a le mariage fictif entre Hermione et Pyrrhus, figuré par un lancé de pétales blancs dont des corbeilles circulent parmi les spectateurs, ainsi sollicités à agir. Ensuite ce seront des pétales rouges pour la mort d’Oreste, dont le sang jaillit dans l’espace scénique.

Pour ce spectacle, on ne peut que féliciter toutes les recherches d’innovations, même si certaines tirent ce chef d’oeuvre de la littérature française vers un certain bric-à-brac.
Quelles que soient les maladresses et les critiques qui peuvent être faites, cette audacieuse expérience est unique et donc bravo !

Caroline Boudet-Lefort

Représentations :

mercredi 16 novembre 2022 à 21h00
jeudi 17 novembre 2022 à 20h30

Réservations PAR ICI

Visuel de Une (détail) ©DR

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