Donc, la femme a, depuis plusieurs années, une relation amoureuse et sexuelle avec le meilleur ami de son mari… La pièce commence par leur séparation et remonte peu à peu à leur rencontre et aux prémices de leur idylle, et c’est avec une grande complexité que leurs rapports à trois sont présentés.
Pinter dissèque le visible comme l’invisible, avec peu de mots et beaucoup de non- dits
L’essentiel est délivré en filigranes, les scènes se répondent, telles des variations sur le même thème dans cette histoire d’amour racontée à contre courant et dont de ce fait le spectateur connaît la fin avant le début.
Il fallait tout le talent de Pinter pour mettre ainsi, en inversant le temps, cette relation archi connue et si souvent représentée au théâtre, pour donner une image aussi subtile et originale de la difficulté à communiquer.
Se sachant trahi, le mari se tait, et donc, d’une certaine manière, trahit à son tour. Il est fort bien interprété par Marc Arnaud, très à l’aise.
Toujours très naturel, Swann Arlaud habite parfaitement son personnage. L’amant c’est lui et il fait preuve d’une grande ambiguïté. Tous deux habitent le plateau de présences émouvantes. Mensonges et trahisons pèsent sur leurs dialogues. Marie Kauffmann a semblé être moins impliquée dans son rôle pourtant charnière. La mise en scène de Tatiana Vialle s’accorde à merveille aux subtilités de la pièce où l’accumulation des non-dits pèse d’un poids très lourd que chaque spectateur ressent dans cette chronologie inversée.
À Anthéa, où le public a pour habitude de largement applaudir les spectacle, les bravos ont été quelque peu limités par des spectateurs sans doute trop déconcertés…
Caroline Boudet-Lefort
