Dans sa solitude, il s’égare dans ses pensées, quand surgit une femme avec laquelle il a travaillé durant trente ans sur ce projet qui le conduit aux honneurs.
Mais aucune place pour elle dans l’attribution de ce prix
D’autant qu’à l’époque – en 1946 – il paraît normal de le donner à un homme. Aussi vient-elle pour rouspéter de cette injustice.
Leur discussion est fortement animée, truffée de rancœur.
Elle a du tout abandonner alors : étant juive, elle était obligée de fuir le nazisme en quittant Berlin pour se réfugier en Suède. Mais elle voudrait être à égalité dans la reconnaissance de leurs découvertes sur la fusion nucléaire.
Le texte est solide et, face à face, Pierre Arditi et Ludmila Mikaël sont impeccables dans cette confrontation toute en force et en émotion. Tous deux s’expriment d’une voix ferme avec une rage contenue et l’affrontement, passionné et poignant, reste difficile, De plus, leurs regards expriment la rancune, et tout dans leurs corps parle, au diapason avec les mots.
Le texte de Cyril Gely est puissant, reproches amers d’un côté et justifications maladroites de l’autre. La mise en scène de Tristan Petitgirard met parfaitement en valeur cet affrontement où les deux personnages bataillent à égalité, chacun étant sûr de son fait. Les spectateurs ressentent la rancœur, accumulée au fil du temps, chez cette femme que Ludmila Mikaël interprète magistralement. Quant à Pierre Arditi, il est égal à lui-même, toujours parfait comédien, il semble vivre réellement – et farouchement - les émois de son personnage.
Caroline Boudet-Lefort
