| Retour

Fin de cet événement il y a 1 mois - Date du 21 novembre 2018 au 21 décembre 2018

"YOMEDDINE" de A. B. Shawky

En compétition au dernier Festival de Cannes « Yomeddine » a touché tous ceux qui l’ont vu, alors que le premier long-métrage d’un jeune réalisateur égyptien, A. B. Shawky, avait tout pour rebuter les spectateurs en tout genre. Pas de montée des marches people et rien d’attractif a priori dans cette histoire d’un « moins-que-rien » : un lépreux interprété par un vrai lépreux guéri, mais défiguré par les traces de sa maladie.

« Yomeddine » signifie « jour du jugement dernier » en arabe. La croyance religieuse veut que ce jour-là tous les hommes soient considérés comme égaux, et jugés uniquement en fonction de leurs actes et non de leur apparence. Une notion importante dans ce premier film où les personnages sont tous des laissés-pour-compte méprisés par la société et qui attendent ce jour avec un espoir qui les soutient.

Le film « Yomeddine » est une fable égyptienne où la caméra suit sans le lâcher un lépreux guéri qui n’a jamais quitté, depuis l’enfance, sa léproserie située dans le désert égyptien, où les lépreux vivent en circuit fermé.

Après la mort de sa femme et en quête de ses racines, il part donc pour la première fois après avoir entassé le peu qu’il possède dans une charrette tirée par son âne et accompagné d’un petit orphelin nubien surnommé « Obama » qui s’est improvisé guide. Il voudrait retrouver ses parents qui l’ont abandonné lorsqu’il était enfant, le visage et les mains déjà mutilés par la lèpre. Un flash-back montre cette scène douloureuse au spectateur.

Avec ce road-movie en charrette sur les routes de campagne dans le Nord de l’Egypte, le réalisateur voulait faire un « feel good movie », il y réussit malgré l’inévitable émotion que donnent des personnages aussi rejetés que tous les « marginaux » de ce film. Même si on sait que la lèpre n’est plus contagieuse, les traces de la maladie effraient et les lépreux guéris sont écartés de la société. De plus, ceux qui entourent notre héros sont soit cul-de-jatte soit victime de quelque autre infirmité majeure. Pourtant, tous gardent une énergie de vie et un sens de l’humour qui évitent au film d’être doloriste ou larmoyant. Les bons sentiments et l’humanisme sont à l’honneur dans leurs aventures, bonnes et mauvaises, qui s’ensuivent dans la recherche de sa famille.

Avec son visage et ses mains mutilés par la lèpre, on pense à l’« Elephant Man » de David Lynch. Comme lui, il hurle qu’il est un homme et non un animal.

Tous les acteurs sont non professionnels. Rady Gamal, lui-même atteint de cette maladie, interprète ce lépreux, jamais filmé avec complaisance, mais avec une humanité touchante, par ce jeune cinéaste égyptien A. B. Shawky qui a dû affronter de nombreuses difficultés pour mener à bien la réalisation de son film. D’abord financières - il a été aidé par sa femme pour la production - puis une quantité de problèmes se sont posé, tel l’abandon du cul-de-jatte prévu et donc l’obligation d’en recruter un autre en dernière minute.
Le réalisateur de ce film modeste, avec un projet simple quoique bien agencé, a été le premier surpris de sa sélection en compétition à Cannes ! Même si A. B. Shawky est reparti les mains vides, cette exposition encourageante de « Yomeddine » sera, espérons-le, le marche-pied pour réaliser de futurs films qui ne devraient pas décevoir, s’ils sont aussi émouvants que l’est « Yomeddine ».

Caroline Boudet-Lefort

Photo de Une : Copyright Le Pacte
Date de sortie 21 novembre 2018 (1h 37min)
De A. B. Shawky
Avec Rady Gamal, Ahmed Abdelhafiz, Shahira Fahmy plus
Genres Drame, Aventure, Comédie
Nationalités Égyptien, Autrichien, Américain

Artiste(s)