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Fin de cet événement il y a 3 mois - Date du 10 juillet 2019 au 11 août 2019

« Vita et Virginia » de Chanya Button

Au début, le film s’intéresse à Vita Sackville-West et à son couple installé dans l’hypocrisie d’une aristocratie puritaine de l’Angleterre de 1925. Reprochant à son épouse le scandale qu’elle provoqua suite à une escapade avec une jeune femme, le mari craint le désir qu’elle exprime de participer aux réunions du groupe de Bloomsbury pour faire la connaissance de Virginia Woolf qu’on lui a dit être folle. « Ragots ! » rétorque-t-elle. Sa mère (Isabella Rossellini) est encore plus réfractaire avec une interdiction radicale de rencontre.

Vita n’en tient pas compte et l’attirance est immédiate entre ces deux femmes audacieuses et totalement en avance sur leur époque quant à l’indépendance féminine. Pour en faire foi, des extraits de leur passionnante correspondance sont cités dans le film.

En quête d’émancipation, le groupe de Bloomsbury était composé de pionniers qui voulaient faire tomber les barrières et se libérer de l’ère victorienne. L’anticonformisme et l’émancipation des femmes sont de rigueur avec un vrai besoin de liberté intellectuelle, sans négliger pour autant le goût de la plaisanterie et des jeux de mots.

Comme on le voit dans le film, Virginia a toujours pu s’appuyer sur son très compréhensif mari Leonard Woolf (Peter Ferdinando).
Tout en dirigeant sa petite maison d’édition, il reste attentif à respecter les choix de Virginia autant dans ses relations que dans son oeuvre littéraire qu’il admire. Et même dans sa vie sexuelle et affective, fut-elle scandaleuse.

Le film montre une femme d’une grande liberté de pensée qui se débat dans une époque corsetée de principes.

En balayant certitudes et conventions, Virginia Woolf a laissé des écrits d’un style très personnel dont le film ravive le souvenir. On y voit que la conversation constitue la matière de ses romans où les mots relèvent d’un caractère quasi spéléologique. Particulièrement dans « Orlando » inspiré par Vita, après leur rupture. Homme, puis femme, Orlando est un être idéal, fictif, véritable mythe qui ne vit que sur le papier. Homme puis femme, mais surtout homme et femme, il a deux visages, deux corps : un double contraire ce qui permet à l’auteur d’innombrables combinaisons possibles, sans les habituelles contraintes humaines. Ainsi sa nature double donne à Orlando cent vies différentes. Le film ne s’intéresse pas à cette dissociation qui n’est pas un cas de dédoublement de la personnalité, mais de se sentir à la fois homme et femme. Comme l’a exprimé Virginia Woolf dans son roman, il se pose des questions douloureuses sur son identité. Tels tous les personnages de Virginia Woolf dans chacun de ses romans.

Le film est tiré d’une pièce de Eileen Atkins qui a travaillé elle-même à l’adaptation avec la réalisatrice Chanya Button.

Malgré l’impeccable interprétation de Gemma Arterton et Elizabeth Debicki, la réalisation de « Vita et Virginia » ne peut totalement satisfaire. Peu inspirée, elle donne au film un aspect empesé ou même académique avec trop d’application à bien faire. Dans les d’audacieuses scènes d’intimité, on ne ressent pas l’attirance charnelle ni le désir physique entre les deux femmes. Le film se voit cependant sans déplaisir et le spectateur se sent bien dans de belles demeures et des collages anglais verdoyants.
Caroline Boudet-Lefort

« Vita et Virginia » a été présenté en Avant-première en juin dernier au Mercury (Nice) et aux Arcades (Cannes) dans le cadre du Festival « In et Out ».

Date de sortie 10 juillet 2019 (1h 50min)
De Chanya Button
Avec Gemma Arterton, Elizabeth Debicki, Isabella Rossellini plus
Genres Biopic, Drame, Romance
Photos de l’article : Copyright Pyramide Distribution

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