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Fin de cet événement il y a 1 mois - Date du 21 août 2019 au 21 septembre 2019

Sortie ciné : « Haut perchés » d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau

« Haut perchés » est un exercice de style qu’Olivier Ducastel et Jacques Martineau ont réalisé avec des acteurs inconnus. Est-il réussi ? Sur le modèle de « Huis clos », la pièce de Jean-Paul Sartre où trois personnages enfermés ensemble représentaient pour les autres l’enfer de la vie en enfer, dans ce film, ils sont cinq individus – une femme et quatre hommes – qui se retrouvent sans se connaître. Ou du moins si peu, uniquement par les dires d’un ami commun qui les a réunis dans un luxueux appartement parisien perché au 28ème étage d’une tour du 13e arrondissement. La caméra balaie la vue où l’on reconnaît les monuments emblématiques, dont la Tour Eiffel.

La musique scande l’arrivée de chacun des protagonistes avec des coups de tambours, avant l’offre d’un verre et un bisou en guise de merci.


Préliminaires passés et après une discussion sur « un sourire qui n’en est pas un », chacun raconte sa relation avec cet ami commun. Comme il se doit dans les « bonnes manières », la femme parle en premier et confie avoir fait l’amour avec ce maître de maison, à l’étonnement des quatre hommes. Ils déclarent à l’unisson que celui-ci est gay, comme eux tous. Mais voilà, justement la jeune femme dit avoir compris qu’elle avait servi d’alibi, de prétexte à se donner l’air d’être un couple dans la « norme ». Car, après une première rencontre sexualisée, ce n’était que faire des courses ensemble que recherchait son partenaire, afin de paraître un couple plan-plan pour l’extérieur. « Bonbon et bonbonne font leurs courses ». Elle n’était qu’un alibi social.
A chacun d’y aller de son chapitre du scénario, avant d’aller rejoindre dans une chambre le fameux ami qui restera inconnu du spectateur jusqu’à la fin du film. Inconnu ? Oui et non. Car dans leurs conversations, il n’est question que de lui. Disons donc : inconnu visuellement.

Peu à peu, le spectateur comprend que chacun a eu une relation intime dont il a souffert avec cet ami, un pervers narcissique qui lui en a fait baver.

Il les recevra un à un dans une chambre, sans que le spectateur ne sache ce qui s’y passe : règlement de comptes ou pas ? en viennent-ils aux mains ? aux insultes ? exigent-ils un ultime pardon ? ou lui dire qu’il est pervers, dominateur, manipulateur, narcissique... ou encore, évoquer des souvenirs communs...
Ce hors champ est malicieux. Avec ce tour de passe-passe, les réalisateurs permettent à chaque spectateur de compléter le film comme il le veut en donnant libre cours à son imagination. Le spectateur peut aussi rester quelque peu insatisfait ou frustré. Projeté dans cette relation toxique sans en connaître le dénouement... Pourrait-il y en avoir un ?

Photo Copyright Epicentre Films

Quoique l’expérience soit fort attachante, le procédé reste bancal, il ne comble pas l’attente de tous les spectateurs tenus de se contenter de voir le plaisir des personnages à liquider définitivement cette relation toxique qui les poursuit de façon vénéneuse. Même si la mécanique tourne un peu en rond, on admire ! Toutes ces singulières rencontres ont permis de fantasmer. Au final, rien n’est fait pour donner raison à ces victimes d’un pervers. On peut seulement s’interroger : qu’est-ce qu’on est pour l’autre dans une relation ?
Olivier Ducastel et Jacques Martineau ont déjà réalisé huit films (citons « Jeanne et le garçon formidable » en 1997 et « Crustacés et coquillages » en 2005).

Les comédiens – excellents – ont été choisis parmi les meilleurs élèves de cours de théâtre qu’ils donnent : Manika Auxire, Geoffrey Couët, François Nambot Simon Frenay et Lawrence Valin.

Mais, l’appartement, tendance high–tech, est aussi véritablement un personnage, avec cette pièce fermée qui tient lieu de refoulé et d’inconscient.
Ce huis clos, comme dans « La Corde » de Hitchcock, prouve avec cynisme que quand on est amoureux, il y va et vient entre manipulation et habitude et que « le contraire d’une humiliation c’est l’amour », comme le dit l’un des personnages.
Caroline Boudet-Lefort

Le film a été présenté dans le cadre du Festival du film Queer de Cannes (Cinéma Les Arcades) et de Nice (Cinéma Le Mercury).

Photo de Une : DR EPICENTRE FILMS
Date de sortie 21 août 2019 (1h 30min)
De Olivier Ducastel, Jacques Martineau
Avec Manika Auxire, Geoffrey Couët, Simon Frenay plus
Genre Comédie dramatique

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