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Fin de cet événement il y a 2 semaines - Date du 21 juillet 2021 au 22 août 2021

ONODA, d’Arthur Harari

Après un brillant premier film « Diamant noir » sorti en 2016, le jeune réalisateur français Arthur Harari a tourné un formidable long-métrage d’un tout autre genre : « Onoda », film d’aventures montrant un officier de l’armée japonaise, resté 30 ans sur une île des Philippines sans savoir que la paix de la Seconde Guerre mondiale était signée.

Onoda a réellement existé.

Mais quoique basé sur une histoire vraie, il a bien fallu imaginer le déroulement du quotidien de ce soldat durant de nombreuses années pour donner finalement une exceptionnelle oeuvre de fiction.

En 1945, récemment gradé d’une unité d’élite de l’armée secrète, Onoda est expédié dans une île des Philippines pour briser la résistance de l’ennemi américain par tous les moyens selon la consigne de son major. De quelques mois, son temps sur l’île passera à 30 ans ! Resté dans l’ignorance de la signature de la paix, il poursuivra le combat avec acharnement et un fanatisme patriotique inébranlable. Sans bruit de bombes - mais uniquement celui de la pluie - il devient une armée à lui tout seul, soutenu par une poignée de soldats sous ses ordres. Ensemble, ils s’approprient l’île et domestiquent l’environnement.

Arpentée mille et mille fois par les sept soldats qui peu à peu deviendront un seul, l’île se transforme en territoire de survie qui demande une organisation dans tous les domaines : manger, boire, dormir, se laver, rapiécer les vêtements, s’abriter des pluies diluviennes, ... Le film imagine le déroulement des jours durant de nombreuses années.

Onoda, cet homme, médiocre et belliqueux, dirige une guerre secrète avec ses quelques soldats qui finiront par se révolter contre lui.

Perdant peu à peu ses compagnons, il continue seul, vaillamment sa lutte contre l’ennemi, quitte à tuer des paysans en s’imaginant qu’ils en sont les complices. S’il croise quelques militaires américains qui lui clament la paix signée, dans un évident déni de la réalité, Onoda se contente de leur tirer dessus et de les exterminer en se prenant pour un héros n’acceptant aucune preuve de cessation de conflit. Il poursuit ainsi sa « lutte valeureuse » contre l’adversaire.

Connaissant son acharnement, les officiers japonais tentent de lui faire savoir la fin de la guerre, son père est réquisitionné pour cette mission, mais Onoda refuse d’admettre que ce soit lui, puisqu’il n’est pas habillé d’un kimono comme il l’a toujours connu. Il suppose qu’on lui ment en lui montant un piège. Sa paranoïa va en augmentant sans cesse et toute information extérieure est rejetée (un transistor trouvé, un magazine,...) Tout est décrypté dans le sens de ce qu’il veut savoir, tels un complotiste !

Coupé du temps dans la monotonie d’un quotidien fait de recherche à s’alimenter dans la jungle et camouflé dans un immense manteau de feuillages (très photogénique), Onoda continue de survivre en poursuivant avec entêtement une route qui durera 10 000 jours – et nuits – avant qu’il ne connaisse la fin de Seconde Guerre mondiale.

Arthur Harari a rencontré Bernard Cendron, l’auteur de « Onoda, seul en guerre au Japon », mais n’a pas voulu lire les Mémoires d’Onoda lui-même, afin de garder la liberté de son imaginaire sur l’invention de ce personnage au déni de réalité jusqu’à la folie.

Tourné en japonais avec des comédiens japonais, le film accorde une place majeure à la jungle magnifiquement photographiée. En résumé, une oeuvre passionnante et superbement filmée !

Caroline Boudet-Lefort

Photo de Une Copyright bathysphere
En salle depuis le 21 juillet 2021 / 2h 47min

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