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Fin de cet événement dans 3 semaines - Date du 5 décembre 2018 au 5 janvier 2019

LETO (L’ÉTÉ), de Kirill Serebrennikov

C’est en noir et blanc que Kirill Serebrennikov évoque l’Union soviétique de Leonid Brejnev et la culture rock underground de Leningrad à travers Viktor Tsoï, le leader du groupe Kino, mort en 1990 dans un accident de voiture à l’âge de 28 ans. Ainsi s’est installée sa légende de héros romantique fauché dans l’élan de sa jeunesse, comme le prouve ce film de fiction.

Incarnant le désir de renouveau de cette génération, Viktor Tsoï a 20 ans quand son groupe commence à se faire connaître sur la scène underground de Leningrad.
Ce groupe lui offre une raison d’être, et il est d’autant plus motivé et enragé que les pop stars de Moscou rivalisent avec ces oubliés de l’ancienne capitale. A sa musique s’ajoutent les tourments profonds de l’âme russe. Mais aucune tristesse... Ses paroles parlent de la liberté sans oser le revendiquer et donnent à entendre les aspirations d’une jeunesse rêveuse en pleine mutation sociale. Le temps de la perestroïka de Gorbatchev est pour bientôt.

Ce biopic sur des stars de l’ère soviétique, inconnues hors de leurs frontières, est racontée à travers un émouvant trio amoureux.

A Viktor Tsoï s’ajoutent Mike Naumenko qui s’est déjà fait un nom comme chanteur de rock et sa belle Natacha, mère de leur enfant. C’est à travers ce club rock que le réalisateur célèbre la force créative et ardente de la jeunesse qui est empêchée de se lever - ou même de se trémousser sur une chaise - au son de la musique. A Leningrad, à cette époque, il est interdit de danser durant les concerts et les disques du Velvet ou de David Bowie circulent souterrainement comme des trésors.

En montrant les affres de la création sous un régime hostile à tout épanouissement de ce genre, le réalisateur donne aux personnages – qui ont existé au début des années 80 – une inépuisable énergie. La légende qui en a résulté a le goût magnifique et douloureux des regrets amoureux. C’est le dernier été avant la fin de la jeunesse, avec feu nocturne sur la plage et étreintes furtives au lever du jour (les nuits sont très courtes en été à Leningrad, redevenue Saint-Pétersbourg).

Peut-être est-ce pour donner à son film une impression romantique dans un temps incertain que Kirill Serebrennikov a pris des risques dans sa réalisation, avec des sortes de décalques visuels : des manières de clips, des scènes en couleurs pour les rêves, ou des images blanches et d’autres sales, ou encore des tags grattés à même la pellicule.

Viktor Tsoï est interprété par Teo Yoo et son ami – et rival – Mike Naumenko par Roma Zver qui, auteur de nombreux tubes, exécute lui-même ses chansons.

Copyright Hype Film Kinovista 2018

Il signe avec German Osipov la production de la musique. La belle jeune femme dont les deux rock stars sont amoureux est jouée par l’actrice Irina Starshenbaum.
Assigné à résidence à Moscou avant même d’avoir terminé « L’été », Kirill Serebrennikov n’a pu venir présenter son film au dernier Festival de Cannes, où, sous des ovations de soutien, l’équipe a brandi sur les marches du Palais une pancarte à son nom. Davantage connu comme metteur en scène de théâtre – certaines de ses pièces ont été programmées à Avignon deux années de suite -, le réalisateur n’a qu’un seul film distribué en France « Le Disciple », primé à Cannes en 2016 dans la section Un Certain Regard. Avec « L’été » et les deux groupes phares du rock soviétique restés légendaires en Russie, il montre que le bonheur peut arriver dans n’importe quelle circonstance, mais qu’il est éphémère.
Caroline Boudet-Lefort

Date de sortie 5 décembre 2018 (2h 06min)
De Kirill Serebrennikov
Avec Roman Bilyk, Irina Starshenbaum, Teo Yoo plus
Genres Drame, Biopic
Nationalités Russe, Français

Photo de Une : Filipp Avdeyev, Teo Yoo |Copyright Hype Film Kinovista 2018

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