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Fin de cet événement il y a 5 mois - Date du 13 avril 2022 au 30 avril 2022

« Et il y eut un matin », d’Eran Kolirin

Sami (Alex Bachir, très bien) vit à Jérusalem avec sa femme (Juna Suleiman) et son fils. Ses parents rêvent de le voir revenir auprès d’eux dans le village arabe où il a grandi. Le mariage de son frère l’oblige à y retourner le temps d’une journée....

Et cette journée se passe dans la joie : cérémonie, repas, photos avec des colombes qui s’envolent dans le ciel (enfin si elles le veulent bien.!)...

Mais le soir, les projets de Sami sont contrariés : il ne pourra pas repartir le jour même ! Sa famille et lui-même se trouvent coupés du monde et prisonniers dans le village à cause de l’encerclement soudain du lieu par l’armée israélienne : à cause des trop nombreux attentats, elle construit un barrage afin de savoir qui passe. Une fois le mur terminé, un passage sera ouvert. Mais quand ?

Dès lors, tout devient catastrophique pour Sami qui, outre son travail, devait retrouver une amoureuse à Jérusalem, car sa relation conjugale bat de l’aile !

Le film est l’adaptation d’un roman de Sayed Kashua, célèbre auteur et journaliste palestinien, alors que le cinéaste Eran Kolirin est israélien.

« Et il y eut un matin » montre que, dans chacun des camps, on voit des fractionnements. Des désaccords s’expriment entre les habitants se sont groupés pour manifester face à cette nouvelle contrainte. La terre de Palestine se rétrécit même à l’intérieur de ses frontières officielles, imposées par les accords d’Oslo.

Les films d’Eran Kolirin ne sont pas des déclarations prétentieuses sur l’entente entre les peuples. C’est avec un humanisme au quotidien et de l’émotion qu’il préfère développer ses idées. Et de l’humour ! Quelques personnages sont là pour mettre des notes burlesques dans ces situations absurdes, quoique tragiques.

« Et il y eut un matin  » reprend l’atmosphère claustrophobe et comique de « La visite de la fanfare  », son précédent film qui narrait les mésaventures d’une fanfare de police égyptienne au fin fond du désert israélien où elle était obligée de passer une nuit dans un village. Sans action, tout se jouait avec humour en multipliant les quiproquos linguistiques.

Dans « Et il y eut un matin », il ne s’agit pas d’un manifeste démonstratif, mais de quelques scènes qui en disent long sur les contraintes subies par les Palestiniens.

Il cherche ainsi à montrer aux spectateurs internationaux la violence de la vie sous une domination, une surveillance militaire constante, et dans un chaos permanent. Mais c’est raconté davantage sous l’angle de la comédie et ainsi plus accessible au public que les documentaires qui peuvent aborder ce même sujet.

Evidemment, dans les films d’Eran Kolirin on ne retrouve pas la poésie de ceux d’Elia Suleiman qui parle aussi avec humour des contraintes subies par la Palestine, mais de film en film – celui-ci est son 4ème - le réalisateur montre un talent toujours davantage virtuose et pointu, et, de plus, une direction d’acteurs parfaite en faisant la part belle aux seconds rôles : ils sont tous remarquables et rendent leurs personnages attachants !

Caroline Boudet-Lefort

Photo de une : Alex Bachri, Juna Suleiman ©DR

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