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Fin de cet événement dans 1 semaine - Date du 10 novembre 2021 au 12 décembre 2021

Ciné : "TROIS ETAGES" de Nanni Moretti

Depuis ses débuts dans les années 1970, Nanni Moretti est venu de nombreuses fois à Cannes - 10 de ses longs-métrages ont été sélectionnés en compétition - et il est reparti en 2001 avec la Palme d’Or pour « La Chambre du fils ».

L’annonce d’un nouveau film de ce réalisateur italien nous réjouit toujours, même si le cru de cette année nous a semblé moins enthousiasmant que ses films précédents. Peut-être est-ce parce que, pour la première fois, le cinéaste n’écrit pas lui-même le scénario, puisqu’il s’appuie sur le roman « Trois étages  » de l’écrivain israélien Eshkol Nevo (Gallimard, 2018) dans lequel s’entremêlent les histoires de trois familles vivant dans un même immeuble à Rome et dont les vies sont bouleversées par une série d’événements.

D’abord sur l’écran un plan fixe nocturne sur une maison banale quoique cossue de 3 étages ( Tre Piani ). C’est là que tout va se dérouler. Du moins presque tout. Une voiture arrive à toute vitesse, écrasant une femme, avant de s’éclater dans le rez-de-chaussée vitré de l’immeuble. Le jeune conducteur imbibé d’alcool est le fils d’un juge inflexible (Nanni Moretti, lui-même) et il sera étonné que son père tout-puissant ne le couvre pas. Partant seule à la maternité pour accoucher alors que son mari est toujours absent, une femme (Alba Rohrwacher) a vu l’accident, elle peut témoigner.

Cette scène, déjà très impressionnante, sera le début d’un enchaînement de catastrophes en tout genre qui fera de « Trois étages » un mélo inhabituel dans la filmographie de Nanni Moretti qui pratique d’habitude une ironie mordante et un regard acide n’excluant pas l’émotion et un certain amour de l’autre.

Là, il montre des gens à l’esprit étriqué, des gens méfiants, trop repliés sur une vie terne et monotone chacun chez soi.
Seul le personnage qu’interprète – à merveille comme toujours – Margherita Buy provoque de l’émotion et nous retient dans ce film choral. Tous les autres acteurs font aussi preuve d’une belle authenticité, les hommes dans leur culpabilité et les femmes dans leur façon d’assumer leur choix.

Moretti les regarde et nous montre une certaine réalité avec un regard impartial grâce à son aptitude à capter des riens, de minuscules glissements intérieurs de leurs vies qui sont le quotidien.

Dans ce vivre ensemble, les drames s’enchaînent mêlant d’une façon ou d’une autre tous les habitants de l’immeuble. Il y aura même une accusation de viol pour faire un clin d’oeil à #MeToo : c’est une jolie adolescente diabolique qui a aguiché un homme, peut-être un peu trop faible, aussi se retrouve-t-il victime de cette sorte de poison magnifique et dangereux dont les effets frappent de plein fouet.

Quoi qu’il en soit, avec un film même décevant, Nanni Moretti est quand même le cinéaste le plus en pointe dans une production italienne actuellement sans risque ni invention. La politique gouvernementale ne stimule certainement pas leur imagination avec des coupes importantes dans le budget de la culture. On est loin de l’époque de Fellini, Antonioni, Pasolini et tutti quanti... Attendons une création italienne plus ingénieuse et excitante !

Caroline Boudet-Lefort

Photo de une : Margherita Buy © Alberto Novelli

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