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Fin de cet événement il y a 3 mois - Date du 3 août 2022 au 28 août 2022

Ciné : "Les Promesses d’Hasan" de Semih Kaplanoglu

Hasan se rebiffe et refuse la décision de l’Administration de planter un pylône électrique au milieu de son champ. Il a reçu la visite d’un agent de l’Etat venu lui annoncer cette nouvelle qui l’angoisse.

Face au refus de déplacer de quelques mètres l’installation de ce pylône, l’agriculteur cherche par tous les moyens de protéger son lopin de terre qu’il a toujours cultivé avec ardeur. Mais l’Administration est kafkaïenne et Hasan ne voit de solution à cette situation qu’au détriment de ses voisins. Prêt à tout, Hasan n’hésite pas à faire n’importe quoi pour sauver ses pommiers et pour cela il déploie des trésors de duplicité.

Semih Kaplanoglu filme des choses simples du quotidien d’Hasan (Umut Karadag) et de sa femme (Filiz Bozok) : des préoccupations, des tensions et de rares joies. C’est lent, mais d’une lenteur contemplative avec une nature grande et belle, toujours très présente.
Par ailleurs, il prépare, avec sa femme, leur pèlerinage à La Mecque. Aussi, pour être au clair avec sa conscience, il doit, avant de partir, obtenir le pardon de tous ceux qu’il aurait pu offenser. A commencer par son frère éloigné de lui, mais qu’il doit impérativement rencontrer.

Tout cela est présenté dans un récit qui va de la réalité à un onirisme plutôt oriental et ses rêves sont empreints d’une moralité qui pèse sur Hassan.

La totalité du film se passe en extérieur avec une nature splendide et des paysages que chacun sait condamnés peu à peu par le développement économique. En rêve, Hassan voit des arbres centenaires arrachés, comme ils le sont dans la réalité. Il comprend intuitivement qu’une société néo-libérale semble inévitable et ne sait comment y résister, si ce n’est en passant dans une autre civilisation, en ayant exprimé ses remords et ses regrets avant de partir.

Semih Kaplanoglu réalise des films exigeants, contemplatifs et humanistes. Et même sociologiques, avec une grande puissance cinématographique comme le fait son compatriote Nuri Bilge Ceylan. De plus, il exprime les liens profonds unissant l’homme à la nature.

Ce cinéaste turc qui avait déjà réalisé une mémorable trilogie : « L’oeuf », « Le lait », et « Le miel » (celui-ci Ours d’Or à Berlin en 2010 ) évolue encore davantage positivement dans ce nouveau film où il donne, comme toujours, une place prépondérante à la nature.

Le film était en sélection officielle « Un Certain Regard » à Cannes en 2021, mais il ne sort sur les écrans que maintenant. Pandémie oblige !
Caroline Boudet-Lefort

Photo de Une : ©Kaplan Film/Sinehane
Sortie en salles : 3 août 2022 / 2h 27min / Drame

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