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Fin de cet événement dans 1 semaine - Date du 22 juillet 2020 au 22 août 2020

En salles : MADRE, de Rodrigo Sorogoyen

Le film s’ouvre avec une étonnante scène en temps réel d’un coup de téléphone qui dure un bon quart d’heure. Un enfant de 6 ans appelle sa mère à Madrid alors qu’il est seul sur une plage française du Pays Basque, son père l’y ayant laissé l’attendre pour soi-disant un court instant. C’est elle que le spectateur voit alors qu’elle s’affole dans son appartement tout en essayant de rassurer l’enfant et d’appeler la Police (inefficace !) pour localiser l’appel. Folle et obsédée, impuissante, elle hurle au téléphone à son fils lointain et menacé.

Après ce coup de fil resté sans suite, on se retrouve dix ans plus tard sur cette immense plage près d’Hendaye où la mère, Elena, est venue travailler dans un bar, sans doute dans l’espoir de retrouver son fils qui a disparu durant le lointain coup de téléphone. Encore éplorée, elle imagine le reconnaître parmi les adolescents d’un groupe de sportifs et ne le lâche plus, le poursuivant jusque dans sa vie familiale en cherchant à faire sa connaissance. Dès lors, se noue entre eux un lien inconnu, étrange, qui sera bientôt mal perçu des parents (Anne Consigny et Frédéric Pierrot) du jeune ado imaginant une relation hors nature, le garçon s’étant amouraché de cette femme trop mûre pour lui.

Alors qu’entre eux ce sont des attaches, certes troubles, mais surtout comme si deux êtres se rencontraient dans des rapports mystérieusement inhabituels d’une « reconnaissance » inconsciente ....

Pourtant rien ne sera jamais dit de ce passé tragique.

Chacun sait qu’à l’âge de six ans, la mémoire est suffisante pour que cet adolescent puisse avoir des réminiscences si cela se justifiait. Mais non, il ose même draguer cette femme et la situation est pour le moins insolite.
Le spectateur reste en suspens tout au long du film de plus de 2 heures : y aura-t-il des retrouvailles, un test ADN ou la moindre preuve d’une filiation possible ?

Après « Que dios nos perdone » et « El Reino », le réalisateur espagnol, Rodrigo Sorogoyen imprime un rythme maîtrisé à son film, malgré quelques répétitions de situations et des silences qui laissent le spectateur perplexe.

Sorogoyen s’est attaché à cette hypnotique mère en souffrance dans un film particulièrement inhabituel et attachant.

Marta Nieto a d’ailleurs obtenu le prix d’interprétation dans la section Orizzonti de la dernière Mostra de Venise, pour ce rôle de mère inconsolable et donc fragile. On admire particulièrement sa virtuosité dans la première séquence, parfaite illustration de l’affolement et, par la suite, cette proposition d’une belle ambiguïté affective concernant cette mère d’un adolescent en qui elle veut reconnaître son fils, alors que lui reste dans l’ignorance de ce passé tragique. Elle est bien entourée avec un excellent Jules Poirier qui joue avec ambiguïté dans ses attitudes l’adolescent troublé dans ses sentiments et par Alex Brendemühl qui, dans le personnage de son compagnon, fait preuve d’une immense patience face à l’excessive fragilité de cette « madre » restée blessée « à vif ».

Caroline Boudet-Lefort

En salles depuis le 22 juillet 2020 / 2h 09min / Drame, Thriller
De Rodrigo Sorogoyen
Avec Marta Nieto, Jules Porier, Alex Brendemühl
Photo de Une (détail) Jules Porier, Marta Nieto |Copyright Manolo Pavón

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