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Fin de cet événement dans 3 semaines - Date du 11 mars 2020 au 26 avril 2020

Ciné : KONGO, de Hadrien La Vapeur et Corto Vaclav

Habitués à voyager et à travailler ensemble, Hadrien La Vapeur et Corto Vaclav ont tourné à Brazzaville « Kongo » (avec un K), un documentaire sur un guérisseur de mauvais sorts et on ne peut que vanter la beauté envoûtante de ce film où le mystère reste toujours présent dans cette zone séculaire de l’Afrique.

Dans notre monde mercantile, il existe encore des lieux sacrés où se pratiquent des rites magiques qui reviennent à l’origine des choses et les deux réalisateurs nous les présentent sans se laisser tenter à fournir des explications rationnelles qui auraient encombré et dénaturé la magie du film.

Au cours de repérages dans une église Ngunza (la principale religion traditionnelle du Congo), ils découvrent l’Apôtre Médard et s’attache à lui. Ce guérisseur traque les mauvais sorts qui se nichent dans les corps de ses patients et, grâce à ses incantations et ses tisanes, il exorcise les démons. Ces croyances sont reconnues et pratiquées régulièrement dans ce pays où envoûtements et sorcelleries sont au rendez-vous. D’ailleurs les affaires de sorcellerie vont jusque dans les tribunaux. Cette sensibilité avec les forces occultes est souvent imprévisible et l’apôtre se retrouve lui-même en accusé : son procès montre qu’il est confronté pour des envoûtements à des problèmes similaires au travail d’une assistante sociale.

Sans se complaire à donner dans la « couleur exotique », les réalisateurs filment l’apôtre dans ses liens aux paysages, dont plus particulièrement une source où il rejoint des sirènes magiques qui viennent toujours en aide.

Malheureusement cet univers est en danger. Le capitalisme chinois arrive avec ses tracteurs et ses bulldozers pour la construction d’une carrière où les bienveillantes sirènes n’auront plus de place. Ces deux univers sont mêlés, l’un fidèle à de lointaines traditions et l’autre d’une contemporanéité effarante, et nous laissent désemparés et inquiets. Si le peuple congolais vit toujours avec les esprits, pourquoi venir les importuner avec l’outrancière réalité économique ?

Bref (1 h 20), le film ne va pas vite, ni loin, mais plonge profond avec une délicate retenue et une émotion douce. Cet apôtre nous convainc que ce n’est pas fini et qu’il a encore quelque chose à dire : ses ressources intimes, ses souvenirs enfouis.... Il a le souci de protéger son espace, mais que faire face à l’invasion de spéculateurs chinois, ce nouveau colonialisme ? Toute religion populaire et toute croyance ancestrale avec ces rites magiques ne peuvent lutter face à l’essor immobilier et commercial apportant ses produits polluants.
Film de clôture à l’ACID – on parle peu de la plus récente sélection du Festival de Cannes –, il a largement retenu l’attention de ceux (pas très nombreux) qui ont eu la chance de le voir.
Espérons que « Kongo » sera largement distribué !
Caroline Boudet-Lefort

11 mars 2020 / 1h 10min / Documentaire
De Hadrien La Vapeur, Corto Vaclav

Photo de Une : |Copyright Expédition Invisible

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