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Fin de cet événement il y a 3 semaines - Date du 8 novembre 2017 au 10 décembre 2017

"A BEAUTIFUL DAY" de Lynne Ramsay

« You Were Never Really Here » - devenu en français « A Beautiful Day », ah, bon ! – est le quatrième long-métrage de la Britannique Lynne Ramsay, un thriller stylisé où le sang coule à flots dans une escalade démesurée de la violence.

Joaquin Phoenix y campe l’homme de main d’un réseau de prostitution d’enfants dont il décide de sauver l’une des victimes.

Le thème évoque celui de « Taxi Driver » (1976) de Martin Scorcese, et Joaquin Phoenix déploie autant d’énergie et de violence que Robert De Niro. Lui aussi est un ancien combattant traumatisé par les atrocités vues ou subies, cependant, quarante ans plus tard, ce n’est plus le Vietnam, mais l’Irak.

Produit de la violence humaine par une petite enfance pourrie par les humiliations familiales et ensuite par cette guerre cruelle dont il garde des cicatrices inguérissables, il est devenu un tueur à gages implacable et brutal, tourmenté et solitaire. Depuis toujours, il s’est entraîné à la résistance à la douleur, et s’il ne manifeste aucune émotion, il lui est cependant impossible d’exorciser les démons du passé qui le hantent et reviennent dans le film sous forme de flash-back.

Chargé de récupérer une jeune adolescente, fille d’un sénateur, jetée en pâture dans un bordel de luxe pour politiciens pervers, il découvre un réseau de corruption inimaginable et se trouve pris dans une spirale de la violence, après avoir renoncé à sa promesse de ne jamais faire de mal. Son arme préférée est un marteau, ce qui entraîne un déversement de litres d’hémoglobine dans une maison truffée de gardes. Son désir de changer l’ordre des choses en évacuant ce qui était programmé se transforme en une quête spirituelle qui l’entraîne aux limites de la folie.
On ne voit que les résultats de la violence, mais son efficacité nous saute aux yeux avec réalisme.

Ce brillant exercice de style ne manque pas d’ironie en s’attardant sur la violence dans des scènes chocs proprement étouffantes, tandis que le sordide de ce film dérangeant est souligné par une musique hypnotique et envoûtante de Johnny Greenwood.

Adapté d’un court roman de Jonathan Ames intitulé « Tu n’as jamais vraiment été là » (2013), le film proposait, avec ce personnage de redresseur de torts assassin, un rôle passionnant – et terrifiant - à Joaquin Phoenix. Le jeu bouillonnant et forcément électrique de l’acteur, dont on n’a plus à vanter le charisme, lui a valu le prix d’interprétation masculine, lors du dernier festival de Cannes. Le film a été doublement récompensé, en obtenant, de plus, le Prix du scénario, ex aequo avec « Mise à mort du cerf sacré » de Yourgos Lanthinos (film sorti récemment).

Caroline Boudet-Lefort

Sortie nationale en salles le 8 novembre 2017

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