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Fin de cet événement il y a 5 mois - Date du 27 décembre 2019 au 5 janvier 2020

COPPEL-I.A. - Ballets de Monte-Carlo - Chorégraphie de Jean-Christophe Maillot

Revenant à un ballet narratif, Jean-Christophe Maillot s’est emparé de l’histoire de la belle automate Coppélia, personnage d’un désuet ballet romantique qu’il a entièrement renouvelé pour en faire une chorégraphie futuriste. De la version originale, il n’a gardé que l’histoire, totalement modernisée et interprétée par les Ballets de Monte-Carlo qu’il dirige depuis 25 ans. Cet envoûtant tricotage de musique et de pas de danse laisse des images inoubliables dans notre mémoire.

Coppélia est un personnage iconique de la danse. Cette poupée automate a inspiré nombre d’adaptations chorégraphiques, toutes époques et tous styles confondus. L’histoire de ce robot inanimé, capable de faire vibrer le coeur d’un jeune homme malgré son regard vide, est un formidable moteur à fantasmes : magie, métamorphoses et quête amoureuse se mêlent dans une irrésistible évocation. Les divers épisodes donnent de la consistance à la tragédie intime des personnages.
Le rideau se lève sur un plateau plongé dans une brume à la fois visuelle et sonore, grâce à la partition hybride, avec certaines parties écrites par Bertrand Maillot (frère du chorégraphe) jointes à des arrangements de la musique originale de Léo Delibes à laquelle se mêlent des instruments virtuels. Le spectateur est projeté dans un monde futuriste, aseptisé, où tout est blanc. Les personnages apparaissent comme des ombres dans de beaux effets de contre-jour.
Parmi eux, Coppélius, un savant fou qui a inventé Coppélia, une créature androïde aux gestes mécaniques dont un jeune homme tombe amoureux à la veille de son mariage. En s’introduisant dans l’atelier du démiurge, sa fiancée prend la place de Coppélia, en imitant ses gestes de poupée automate. Dans un final insolite, Coppélia détruit son créateur, afin d’échapper à sa condition de robot.

Nombre de spectateurs risquent de s’égarer s’ils s’entêtent à suivre l’histoire de Coppélia et de son savant possessif qui s’oppose au jeune homme amoureux d’elle. Mieux vaut s’abandonner à la pure magie de la danse qui se conjugue à celle de la musique, à ce surgissement incongru d’indicible qu’on ne ressent que là, devant un spectacle chorégraphique d’une telle qualité.
Pour cette créature extra-terrestre, son allure de danseuse robotisée d’une extraordinaire agilité en fait une rivale mystérieuse et maudite. Cette poupée mécanique pourrait-elle ressentir des sentiments ? éprouver des émotions ?

Matej Urban & Lou Beyne © Alice Blangero

Ce ballet entraîne chaque spectateur à se poser de multiples questions. Jusqu’à quand appartiendrons-nous au genre humain ?

Nous ne sommes plus dans la S. F. d’antan. Aujourd’hui notre libre-arbitre est déjà chamboulé. Ne sommes-nous pas en train d’être dépassés par l’I. A. ? L’intelligence artificielle ne prend-elle pas de plus en plus de place dans notre quotidien ? Les algorithmes transforment nos vies, nous ne maîtrisons plus l’escalade. Il y a bien déjà des poupées sexuelles pour répondre aux fantasmes érotiques. Où sont les émotions, les affects, les pulsions ? La réalité virtuelle uniformise et donc affadit l’environnement de chacun.
Dans « Coppél-I.A. », l’alchimie est totale entre la musique et la danse. L’étonnante trame composite de la musique, ni classique ni contemporaine, colle à l’histoire interprétée par les danseurs de ce ballet futuriste. Malgré leurs gestes d’automates, les mouvements des danseurs restent gracieux, souples et sensuels. La révélation est la merveilleuse Lou Beyne qui interprète une époustouflante Coppélia. Anna Blackwell est parfaite également en rivale jalouse, comme Matèj Urban et Simone Tribuna dans les personnages de Coppélius et de Frantz, le jeune homme amoureux.
La scénographie de cet univers planétaire et les audacieux costumes d’Aimée Moreni sont magnifiques, passant de délicieuses et amusantes robes à cerceaux à d’autres tenues d’un monde futuriste où l’imagination montre la danse comme un songe. Et tout sonne juste !

A la fin, les applaudissements et les sifflets d’euphories sont interminables. Le public clame sa joie et le plaisir ressenti d’avoir vu cet exceptionnel spectacle. Bravo !

Caroline Boudet-Lefort

Photo de Une : Les Ballets de Monte-Carlo (détail) © Alice Blangero
Monaco. Grimaldi Forum. 27-XII-2019. COPPEL-I.A (création mondiale). Ballet en 2 actes. Chorégraphie : Jean-Christophe Maillot. Musique originale et arrangement de l’œuvre de Léo Delibes : Bertrand Maillot. Scénographie, costumes : Aimée Moreni. Lumières : Jean-Christophe Maillot et Samuel Thery. Dramaturgie : Jean-Christophe Maillot et Geoffroy Staquet.
Avec Lou Beyne : Coppél-I.A ; Matèj Urban : Coppélius ; Anna Blackwell : Swanilda ; Simone Tribuna : Frantz. Et les danseurs et danseuses des Ballets de Monte-Carlo

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