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Fin de cet événement dans 3 semaines - Date du 13 octobre 2021 au 13 novembre 2021

Sortie ciné : JULIE (EN DOUZE CHAPITRES), de Joachim Trier

En 2014, le réalisateur Norvégien Joachim Trier était venu à Cannes présenter (dans la section Un Certain Regard) « Oslo, 31 août », une très libre adaptation de « Feu Follet ». L’année suivante, il avait goûté à la compétition en présentant « Back Home », avec Isabelle Huppert. En juillet, il est revenu concourir avec « Julie (en 12 chapitres) », film pour lequel la lumineuse Renate Reinsve a obtenu le prix d’interprétation féminine.

Julie, une trentenaire belle et intelligente, vit avec Aksel, un auteur de BD plus âgé qu’elle.

Un soir, alors qu’elle l’a laissé dans un cocktail pour rentrer chez elle, elle est attirée, sur sa route, par une fête où elle pénètre. Elle y rencontre un jeune homme : bavardage, boisson, danse. L’un et l’autre se disent être engagé dans une vie en couple sans infidélité. Mais leur badinage les entraîne vers des limites de plus en plus floues, entre plaisanterie et libertinage.

Même si cela ne va pas plus loin qu’un frôlement des lèvres, l’attirance réciproque ne peut pas rester sans séquelle dans la tête de chacun. Certes il n’y a pas eu de passage à l’acte, pas d’infidélité réelle, mais subsiste la trace d’avoir papillonné. Pour Julie, l’impudeur de son corps bataille avec la confusion de ses sentiments nourris d’incertitude.

Soudain, dans la rue, Julie court comme si elle avait des ailes. Mais après quoi court-elle ? Ses rêves... ses illusions... son désir d’une vie plus fantaisiste, plus satisfaisante, plus libérée... Elle court tandis que tout reste fixe autour d’elle : les passants croisés sur sa route, les voitures, tout ...

Cela exprime bien son impatience, alors que tout lui semble figé, réglé dans un avenir déjà déterminé : ses amis, tous parents, insistent pour qu’elle envisage d’avoir un enfant, son compagnon s’est installé confortablement dans un boulot qui semblait au début audacieux et provocateur. Mais c’était du temps de sa jeunesse... C’est devenu un train-train !

Cette trentenaire d’aujourd’hui montre ses incertitudes et ses difficultés à faire des choix, à trouver sa voie, à s’engager sur les rails d’une relation engagée ou d’un travail durable...

Elle veut garder son indépendance et réussir au mieux sa vie, quoique son désir soit fluctuant. Elle n’arrive pas à le cerner ! Belle, douée, alerte, elle a conservé sa liberté, mais elle se cogne sans cesse à des limites. Plus âgé qu’elle, Aksel la regarde avec incrédulité. Il se sent désarmé devant l’évolution actuelle des femmes qui est le sujet même du film : pour elles, tout serait donc possible !

Enserrés dans leurs espaces intérieurs peu protecteurs, chacun d’eux pourra-t-il être accepté par l’autre, tel qu’il est ? telle qu’elle est ?

Interprété par Anders Danielsen, l’acteur fétiche du réalisateur, Aksel n’a pas tout à fait compris que les femmes peuvent faire des choix sans avoir un avis masculin et qu’être hésitante n’est pas forcément de la fragilité.

Avec son sourire éclatant et sincère, nullement fabriqué, la radieuse Renate Reinsve éclaire le film d’une grâce légère, mais ardente. Sait-elle seulement si elle veut voler de ses propres ailes et échapper aux modèles si obsédants soient-ils ?

C’est Julie qui fixe les 12 chapitres en gambadant et en imposant elle-même des choix fragmentés. Cette histoire (en 12 chapitres, donc !) a un charme mélancolique, dû sans doute aux journées infinies de l’été norvégien. Chaque rayon de lumière est absorbé par une vie en quête de liberté. Quoique Joachim Trier fasse surgir la solitude, le vide et le besoin d’amour pour exprimer le désarroi de cette jeune femme toute en fantaisie.

Caroline Boudet-Lefort

Sortie en salle : 13 octobre 2021/ 2h 08min
De Joachim Trier
Par Joachim Trier, Eskil Vogt
Avec Renate Reinsve, Anders Danielsen Lie, Herbert Nordrum
Photo de Une : Renate Reinsve |Copyright Oslo Pictures

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