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Fin de cet événement dans 1 mois - Date du 17 janvier 2018 au 25 février 2018

In the fade de Fatih Akin

Inspiré d’un cas réel de crime raciste en Allemagne, le film revient sur la vengeance d’une femme dont le mari d’origine turque et l’enfant sont morts dans un attentat.

Beau rôle donc, et superbe interprétation de Diane Kruger que la caméra ne lâche pas. Le film repose sur ses épaules. Elle a accepté d’interpréter sans aucun maquillage cette femme effondrée de chagrin. Cette authenticité a certainement joué en sa faveur pour l’attribution du Prix d’interprétation féminine au dernier Festival de Cannes.

Elle n’avait jusqu’alors jamais joué dans son pays natal et s’est donc impliquée à fond dans son personnage.

Dès la première projection, chacun savait qu’elle en serait récompensée, d’autant plus qu’il y avait peu de femmes sur les rangs cette année. Ce ne pouvait être qu’elle.

Elle tente de partager sa souffrance avec le spectateur, quitte à le manipuler par ses larmes et ses sanglots. Transformant son deuil et sa sidération en moteur dramatique, les conséquences sont immédiates. Cependant, cette victime vengeresse contient en elle-même son propre adversaire. Tout en la cachant derrière une certaine impassibilité, sa décision de vengeance est prise. Cela se sent, cela se voit. Même si Fatih Akin triche en nous trimballant on ne sait où.

Le titre original « Aus dem Nichts » signifie « Venant du néant » (on ne comprend pas pourquoi), mais la traduction française et anglaise est « In the Fade » qu’on peut traduire par « Dans le flou » ou « dans le brouillard »... Tout cela est bien confus.

Avec les attentats racistes et néonazis en Allemagne, le réalisateur allemand s’empare d’un sujet grave, mais sait-il éviter l’impasse du projet ?

Son intention était de donner un visage aux familles des victimes des crimes terroristes. Pourtant on passe du mélodrame au film de procès, puis au navet sur la vengeance. Quant à la fin, il semble impossible que quiconque puisse l’apprécier. On ne reviendra pas sur la loi du Talion. La perte, le deuil et la vengeance appartiennent au genre humain tout entier quelle que soit la culture ou la nationalité. Cependant entre ce qui est de l’ordre de la pensée et la mise en acte, il y a un monde !
« In the Fade » confirme les limites du cinéaste qui déçoit depuis ses meilleures réalisations, ses tout premiers films « Head-on » en 2004 et « De l’autre côté » en 2007. Ici, on ne sait pas s’il s’agit d’un film de vengeance, d’un film politique sur le terrorisme actuel, d’un film de procès. Le procès, parlons-en ! Morceau central du film, il s’étire interminablement, alors que quelques minutes auraient suffi pour que le spectateur comprenne que l’issue serait en la défaveur de la victime et que les coupables, scandaleusement acquittés, repartiraient peinards. En l’occurrence, pour s’éclater sur une plage grecque et poursuivre leur action criminelle ! Cependant, ils sont aussi poursuivis par l’héroïne qui, n’ayant pas trouvé réparation par la justice, s’empressera de la faire elle-même.
Caroline Boudet-Lefort

Photo de Une : Copyright 2016 Warner Bros. Ent. Alle Rechte vorbehalten. / Gordon Timpen, SMPSP

Date de sortie 17 janvier 2018 (1h 46min)

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