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Fin de cet événement il y a 4 mois - Date du 2 mars 2022 au 3 avril 2022

Ciné : "Rien à foutre" de Julie Lecoustre et Emmanuel Marre

Cassandre, hôtesse de l’air dans une compagnie low cost, enchaîne les vols et se retrouve chaque jour dans une ville différente où, le soir, elle va se perdre en boîte de nuit pour boire et danser. Et, si possible, compléter le tout par une rencontre éphémère.

Ainsi, elle évacue tout ce qu’elle a refoulé durant la journée dans son rôle d’hôtesse bienveillante et toujours aimable en gardant son sourire de commande.

Les autres – amis ou connaissances – l’envient pour ce travail qui lui permet de voyager, mais Cassandre ne voit que des journées de contraintes horaires avec des gestes répétitifs à montrer les consignes durant le vol et à passer des plateaux-repas, avec un sourire commercial. Ensuite, dans des escales interchangeables où tous les aéroports se ressemblent, elle va en discothèque pour des sorties alcoolisées où elle rencontre « des gens qu’elle aime pendant deux heures et c’est fini ! », dit-elle. Elle ne cherche pas plus qu’une aventure d’un soir, elle ne veut pas se caser pour conserver son existence sans attaches.

Seul le présent lui importe, mais elle reste ainsi dans «  l’ultra-moderne solitude  » de notre époque.

Elle sourit mécaniquement à tous les passagers en se souciant de voir ce dont ils ont besoin, et s’encourage en buvant des petits coups de vodka en cabine d’équipage. Que cache-t-elle derrière ce sourire de façade ? Ce jour-là, sa mère est morte dans un accident de voiture. Pourtant, il faut dissimuler son chagrin, tout comme elle le fait de ses doutes sur son choix de vie qui laisse deviner d’anciennes fêlures.

Le film est donc sur un métier, mais aussi sur l’attachement et le détachement.

Le titre est comme un cri du coeur de l’héroïne magistralement incarnée par Adèle Exarchopoulos. Par son jeu avec un visage plein de lassitude, elle exprime au mieux la solitude enfouie, sous le « Rien à foutre » du titre. Même si ce n’est pas conscientisé par son personnage, elle montre qu’elle n’est pourtant pas dupe. D’autant qu’elle n’en a vraiment rien à foutre du néolibéralisme.

Le film a été livré librement juste ce qu’il fallait à son interprète, Adèle Exarchopoulos, qui joue avec, comme partenaires, de véritables employés de compagnies aériennes. Tout en se montrant, côté improvisation, aussi audacieuse que dans «  La Vie d’Adèle », quoique très différemment. Elle est filmée en de longs plans afin de ne rien laisser échapper lorsqu’elle exprime un certain mal-être et des vérités fluctuantes qu’elle a refoulées. Dans ce mélange de professionnalisme et de non professionnalisme, que cache son masque de sourires ?

Une bonne énergie circule tout au long du film, seulement ralentie sur la fin, quand Cassandre retourne dans un coin de province où elle retrouve ceux qu’elle a laissés au sol, il y a trop longtemps.

Ce premier long-métrage, tendre et poignant, de deux jeunes réalisateurs, Julie Lecoustre et Emmanuel Marre, a été présenté au dernier Festival de Cannes où il était sélectionné par la Semaine de la Critique.

Caroline Boudet-Lefort

Photo de Une : Adèle Exarchopoulos © Condor Distribution
Sortie en salles 2 mars 2022 en salle / 1h 52min / Comédie dramatique

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