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Fin de cet événement 6 mars - Date du 9 février 2022 au 6 mars 2022

Ciné : « Enquête sur un scandale d’Etat », de Thierry de Peretti

Ses deux premiers films (Les Apaches en 2013 et Une vie violente en 2017) se passaient en Corse, son « pays » d’origine auquel Thierry de Peretti est resté tellement attaché qu’il en a fait son territoire cinématographique ! Il l’a quitté – momentanément ? – pour réaliser à Paris « Enquête sur un scandale d’Etat » d’après un scénario qu’on lui a proposé. De plus Vincent Lindon est vite venu dans le projet ce qui l’a stimulé à changer de genre en s’interrogeant sur le trafic de drogue et sur la Presse aujourd’hui : la liberté d’expression, la liberté de donner ou pas certaines informations.

C’est dans les bureaux de «  Libération  » qu’il a tourné pendant que le quotidien continuait de publier son journal chaque jour. De vrais journalistes et des faux – les comédiens – sont mêlés pour composer le collectif du film.

Trouvant que c’est un problème de notre époque, une force politique de même importance que la précarité, la faim dans le monde,...« Libé » s’est spécialisé dans les articles (et même des dossiers) sur les affaires de stupéfiants. Pour être à l’avant-garde de l’ensemble de la Presse, il faut des « indics », des infiltrés dans les réseaux qui sont prêts à donner – vendre plutôt – des informations alléchantes et exclusives.

Aussi direct que l’est son titre, ce rigoureux triller d’espionnage politique, inspiré de faits réels, ne s’encombre pas d’intermèdes d’histoires amoureuses et reste plaqué sur l’enquête qui permet de découvrir les coulisses et les magouilles de ce trafic qui peut aller jusqu’au sommet de l’Etat. Des fragments de vie surgissent qui semblent s’extraire de situations de mise en danger. Outre la salle de rédaction, l’action se passe dans la rue, montrant des corps parfois broyés au sol après des courses frénétiques et la mort de l’un d’eux met les autres dans tous leurs états.

La véritable affaire, sur laquelle est donc basé le film, avait débuté par la découverte de plusieurs tonnes de cannabis en plein Paris.

Mais cette saisie masquait, en fait, un trafic beaucoup plus dangereux et profitable de drogue forte qui pénétrait dans le pays en catimini. Dans cette histoire compliquée, chaque fil suivi par le spectateur se casse comme une fausse piste et le mirage du cinéma l’embrouille encore davantage sans qu’il puisse s’accrocher à une vérité. Une seule certitude : la lutte contre le trafic de drogue demande patience et humilité, malgré un danger constant.

Le croisement, entre cette mise en danger et les effets de surprise qui se répandent sans cesse dans le film, procure une tension permanente dans un cinéma souvent déconcertant et frustrant. Tout ce trafic se passe dans une grande discrétion et ni les journalistes - de Libé dans le film -, ni les spectateurs ne comprennent pas toujours tous les enjeux, ni l’importance de chaque personnage.

L’ensemble du film est formidablement interprété. Roschdy Zem campe un ex-infiltré des stupéfiants, plus ou moins repenti – il donne de précieuses informations, mais sont-elles fiables ? - En journaliste de Libé, Pio Marmaï confirme une puissance de jeu qui s’ajoute à des rôles plus fantaisistes ou même farfelus. Solide dans ses baskets, il court d’un lieu à l’autre, d’un rendez-vous à un autre pour mieux fureter ou interroger des indics. Il progresse, semble avoir tout incorporé, tient son cap, secondé par son acolyte, l’excellent Alexis Manenti.

Le personnage incarné par Vincent Lindon (formidable !) chapeaute tout, mais reste dans l’ombre tout en tirant les ficelles.

Caroline Boudet-Lefort

Photo de Une : Pio Marmaï |Copyright Les Films Velvet

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