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Fin de cet événement Février 2019 - Date du 16 janvier 2019 au 17 février 2019

AYKA de Sergueï Dvortsevoy

Ayka, une jeune immigrée Kirghize, en situation irrégulière, vit dans la précarité à Moscou. Malmenée de toutes parts et tombée dans la misère, elle met au monde un nouveau-né qu’elle abandonne dans la maternité en fuyant par la fenêtre des toilettes.


Cette nécessité terrifiante est due au harcèlement de créanciers-gangsters à qui la jeune ouvrière avait emprunté de l’argent pour changer de vie en montant un atelier de couture. Elle loge dans un taudis collectif exploité par un marchand de sommeil sans scrupule et survit grâce à des petits boulots précaires et humiliants où sa condition est pire que celle des animaux.

Aucune sortie de tunnel ne semble éclairer l’horizon de cette vie animale.
La comparaison est d’ailleurs faite explicitement : quand elle balaie le cabinet d’un vétérinaire, les animaux sont mieux traités qu’elle.
Dans ce film très noir, on suit sans cesse le personnage d’Ayka qui se heurte à des refus dans sa recherche de travail et qui va de lieu sordide en lieu encore plus sordide pour essayer de trouver des solutions à ses innombrables problèmes. Mais la vie harcèle Ayka, sans argent, sans papiers, sans travail. De plus entre hémorragie suite à son accouchement et incontrôlables montées de lait, elle souffre le martyr. Ouvrière, on la voit plumer des poulets à la chaîne sous le regard goguenard d’un patron qui s’enfuira avec la caisse sans payer ce qu’il lui doit.

Cette nouvelle forme de misère russe montre cette femme en proie à l’inhumanité universelle dans un Moscou hostile, recouvert de neige.

L’adversité est partout.
D’un réalisme coup-de-poing sur le modèle de « Rosetta » des frères Dardenne, le film semble en temps réel, avec caméra bougeant sans cesse pour suivre cette pitoyable jeune femme qui accumule tous les malheurs inimaginables en menant une existence des plus pénibles. La radicalité du film peut être contestée en tant que complaisance à cette misère suffocante où tout est appuyé sans nuances, mais l’interprétation de Samal Yeslyamova est d’une justesse inouïe avec son émouvant visage endurci par la douleur, évitant au film tout dérapage racoleur.

Après quelques courts et moyens-métrages documentaires, « Ayka » est le deuxième film de fiction de Sergueï Dvortsevoy après « Tulpan », ode panthéiste sur le quotidien âpre et harassant de nomades des steppes d’Asie Centrale, où le drame se mêlait à la comédie. Au Festival de Cannes, en 2008, ce premier long-métrage avait obtenu le Prix Un Certain Regard. Dix ans plus tard, en compétition officielle 2018, le prix d’interprétation féminine a été remis à Samal Yeslyamova pour son personnage de Ayka. Personne n’aurait osé lui contester.

Le film évacue toute possibilité d’espoir et laisse le spectateur fracassé de douleur à voir la survie d’une femme dont la misère est à son comble.
Non, la vie à Moscou n’est pas rose pour les immigrés Kirghizes !

Caroline Boudet-Lefort

Photo de Une : Samal Yeslyamova |Copyright Kinodvor / PallasFilm / OtterFilms

Date de sortie 16 janvier 2019 (1h 50min)
De Sergey Dvortsevoy
Avec Samal Yeslyamova, Zhipargul Abdilaeva, David Alavverdyan plus
Genre Drame
Nationalités Russe, Allemand, Polonais, Kazakh, Chinois

Artiste(s)