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Gorodish rêve d’arrêter les vagues

Vous signez votre retour avec l’album « La Constante », mais qu’avez-vous fait
 durant toutes ces années de silence qui ont précédé ? Quelle motivation vous a poussé à composer à nouveau ?

- Gorodish : Je ne me suis jamais très éloigné du monde de la musique vu que c’est également mon univers professionnel, mais j’avais perdu la motivation même de jouer, la vie qui passe, le boulot, les enfants qui grandissent et puis il y a quelques années, j’ai racheté un piano, puis un synthé et une guitare parce que petit à petit ça me démangeait même si dans un premier temps c’était juste quelques notes dans mon coin, sans réellement composer.
Il y a eu la rencontre avec Sébastien de Kuta qui m’a montré les nouveaux outils comme les multipistes numériques qui lui avaient permis d’enregistrer son premier album. Il m’a encouragé à aller au bout de mes compositions.

J’ai ensuite rencontré Julien et surtout Gaétan d’Amadeus Tappioka et c’est avec ce dernier que tout s’est réellement mis en marche. J’ai également perdu deux amis proches et j’ai réalisé qu’il était temps de vivre mes rêves et mes envies. J’ai donc créé mon propre home studio et j’ai commencé l’aventure de la Constante.

Adolescent vous baigniez dans un univers musical plutôt rock. Comment expliquer ce nouveau tournant musical qui vous amène vers ce projet mêlant poésie et mélancolie ?

- Gorodish : J’ai une formation classique à la base, le rock était un passage obligé à l’adolescence. J’écoute beaucoup de choses, mis à part du Jazz que je connais assez peu. Je prends autant plaisir à écouter Aerosmith que Massive, Peter Gabriel que les Beatles, Maze que Mozart, mais le point commun c’est les mélodies, j’adore les chansons quand il y a une bonne mélodie et une certaine atmosphère.
Je trouve que ces dernières années , la chanson française a su s’affranchir de ses complexes par rapport aux anglo saxons et on a la chance d’avoir des chanteurs aux univers incroyables et surtout qui osent les mots et les histoires. William Sheller est un des premiers qui m’a influencé avec son déroulé de piano classique et ses envolées qui pouvaient être rock and roll, Christophe dans les années 75 avec l’utilisation des synthés comme le Mellotron ou l’Arp, et puis Daho, les Innocents, Art Mengo, Dominique Dalcan, Jean Louis Murat.

A chaque fois un chanteur, mélodiste avec des textes qui me parlaient et un univers très personnel au niveau du son, de l’atmosphère, et pour finir la découverte de Benjamin Biolay qui pour moi est la cerise sur le gâteau, je trouve que c’est l’artiste le plus important et le plus novateur de ces dernières années.
Alors quelque part après avoir traversé tous ces mondes musicaux, j’ai eu envie de créer le mien et d’y déposer mes souvenirs de voyages de ces dernières années.

Vous parlez de "projet solo" et non pas d’album : ce projet est pour vous davantage qu’un album, une philosophie, un esprit ?

- Gorodish : Les rencontres ont été primordiales, passer ma vision de l’histoire à travers le filtre d’un autre musicien amenait un échange, une énergie incroyable.
J’avais adoré le travail sur le premier album d’Unkle et ce concept de collaborations, j’ai toujours trouvé que certaines rencontres pouvaient complètement changer la finalité d’un projet. Qu’aurait été le son de Christophe dans ses albums de la période Ferber sans son équipe de musiciens sorciers ; à quoi aurait ressemblé Welcome to My nightmare d’Alice Cooper sans Bob Ezrin à la production. Des gens comme Sébastien ou Gaétan m’ont vraiment permis de mettre le pied sur la première marche et ensuite chaque rencontre en amenait une nouvelle par un hasard qui devenait une évidence.

Qui aurait imaginé une collaboration entre Gaétan guitariste rock instinctif avec Papazita véritable orfèvre de la guitare Jazzy et pourtant les voir jouer mes notes tous les deux, c’était vraiment des moments de pure magie et savoir que certaines collaborations entre musiciens se sont poursuivies après l’enregistrement de l’album ...c’est encore plus génial.

Un projet solo mais élaboré, préparé à plusieurs... pouvez-vous nous parler de ce choix de travail collectif et des collaborations qui ont été faites sur cet album ?

Certaines chansons avaient été écrites avec Jean-Marc Eusébi, graphiste niçois et vieux compagnon de route disparu il y a quelques années, et j’ai eu envie de finir ce travail que nous avions commencé en mêlant ces titres anciens avec de nouvelles compositions qui sont venues se rajouter au fil de l’enregistrement.

J’ai déjà parlé de Gaétan d’Amadeus Tappioka et de Papazita, mais j’ai eu la chance d’avoir des musiciens incroyables qui m’ont accompagné sur ce projet.
Mathieu Geghre et ses arrangements de piano magiques, je l’avais vu avec son propre groupe ( In Extenso ) et surtout avec Kuta et je rêvais de lui demander de jouer sur un morceau, il a fait finalement les parties de piano sur 4 chansons.

Pour "la province du temps", je voulais absolument travailler avec Franck Amendola de Curl, on avait parlé il y a dix ans, de collaborer sur un truc un jour, on s’est croisé plusieurs fois, mais pour ce titre c’était une évidence, je voulais créer un univers complexe et c’était la personne idéale pour cette chanson.

On s’est de suite compris sur la direction à prendre et on a travaillé d’abord tous les deux sur les programmations et les arrangements, puis on a passé une nuit au local des Amadeus avec Nico et Gaétan a caler des guitares et la batterie et on a fini l’histoire en mixant à Marylin durant quatre longues nuits, rajoutant ça et là synthés, piano, quelques notes de guitares. Je trouve que dans ce titre, on retrouve toutes mes influences de ces dernières années des Floyd aux Cure en passant par Archive, Sheller et Biolay, mais en même temps c’est un morceau qui parle de la mort ... et qui nous fait traverser une dernière fois une vie bien vécue, et donc une vie pleine de musique, pour finir sur un piano dont les cordes brûlent.

C’est un titre très symbolique pour moi.
Pour la reprise de l’album qui est un titre de Pascal Bacoux écrit dans les années 80, j’avais envie de travailler avec Emmanuel HAnnah, parce que j’adore ce mec et son coté très free style, il a une manière de jouer ses rythmiques de guitares qui n’appartient qu’à lui et je ne voyais que lui pour retricoter ce morceau et petit bonus, les Quadricolor ont accepté de faire les choeurs. C’est le coté assez magique de cet album, les gens se sont succédés d’une manière naturelle. Quand on a enregistré le dernier morceau ( les murmures adéquats ) avec Gaétan , on a vraiment senti qu’on clôturait une belle histoire.

Et puis comment oublier Bochra que j’ai rencontré dans un avion, qui m’a recontacté un an après parce qu’elle avait adoré un de mes instrus sur MySpace et qu’elle avait envie d’y poser un texte. Quand Franck et moi avons entendu sa voix et surtout son texte .... c’était un truc incroyable, ça devait absolument figurer dans l’album et il fallait qu’elle fasse la voix, par chance elle est passée quelques jours sur Cagnes et on en a profité pour mettre ça en boite, franchement son texte est une tuerie, quand un auteur vous fait ce genre de cadeau, comment passer à coté...

Ma propre fille Pandora chante sur "une idée noire " une chanson écrite pour moi par Julien Mayerus d’Amadeus TAppioka, ça aussi c’est un joli moment.
il y a bien sur d’autres musiciens comme Nico le batteur d’Amadeus ou Emma de Benjamin Fincher, c’est vraiment un casting de rêve.

Le dernier personnage de la troupe mais sans doute un des plus importants a été Morgan Manzi de Chinaski, j’ai enregistré les voix dans son studio, Iceberg à Drap (1 ) et c’est lui qui a fait le mixage et le mastering. C’était important de trouver quelqu’un qui comprenne ce que je souhaitais et surtout ce que je ne voulais pas. Il a su me conseiller sans s’imposer et me permettre de trouver le mot " fin " pour chaque chanson.
Jusqu’au bout les rencontres ont continué , Phillipe Hurst de Couleur Tango (2 ) a rejoint l’équipe pour créer la pochette et le livret de La Constante, quand on connaît son travail sur les affiches des Manca, qui mieux que lui pouvait donner un visuel à cette aventure.

Pourquoi avoir choisi le pseudonyme "Gorodish" ?

- Gorodish : J’avais adoré l’univers visuel de Diva de Jean Jacques Beineix et le personnage interprété par Richard Bohringer, cet homme qui cultive le zen dans l’art de la tartine et rêve d’arrêter les vagues. 



Que vous apporte le fait de partager avec votre public votre univers onirique ?

- Gorodish : Je le découvre petit à petit, en recevant des témoignages de gens qui aiment l’album, les chansons, qui s’y retrouvent parfois … c’est très gratifiant, et très encourageant pour la suite.

Où allez-vous chercher l’inspiration pour vos textes ? Le fait de vivre sur la Côte d’Azur vous donne-t-il un élan artistique particulier, la lumière d’ici colore-t-elle vos albums comme elle colore les créations des peintres célèbres ?



- Gorodish : Je procède comme un peintre , par ressenti , par émotions, et souvent avec un visuel qui s’interpose. Mais c’est plus mon monde intérieur qui transparaît. Avec Gorodish, j’avance masqué mais quelque part c’est toujours moi.
D’ailleurs l’album comporte un sous titre " tout existe parce que je l’invente"...

Récemment vous qualifiez votre musique comme étant une « musique de feeling ».
 Qu’en est-il de vos influences musicales ?


- Gorodish : Trop vastes pour être déclinées. J’aime la musique, j’aime les mélodies, j’aime les univers … et surtout la sincérité.

Au niveau des gens que j’adore et que je n’ai pas cité David Sylvian, Bryan Ferry, Brian Eno, Brian Wilson ( le boss des songwriters ), les Pet Shop Boys, j’écoute beaucoup de musique de films de Morricone à Craig Armstrong, il y des choses étonnantes dans le label de Peter Gabriel, Real World, être curieux quand on aime la musique, c’est une obligation, et on voit très vite que la musique ne se cantonne pas à Memphis et à Liverpool et puis grâce au net, on a accès à plein de musiciens inconnus mais qui deviennent vite des incontournables , j’ai découvert un musicien de Lille "From your Balcony" (3) qui m’a vraiment donné des émotions incroyables à l’écoute de son album .

Et puis localement , je trouve que la scène niçoise est pleine de gens de grand talent avec une préférence pour les Quadricolor qui sont bluffants du haut de leurs 18 ans, la voix magique de Kuta, c’est un grand bonheur d’apprendre que Sébastien revient comme chanteur dans PGM avec des anciens de Corpus. J’aime beaucoup Hannah, In extenso, Curl , Benjamin Fincher, comme par hasard , c’est les musiciens qu’on retrouve sur l’album sans oublier les Amadeus TAppioka un peu en sommeil mais qui devraient revenir sur scène dès cet été.
Sinon j’essaie d’aller souvent dans les concerts , à quand une vraie salle en centre ville pour tous ces groupes et ceux de l’extérieur qui ne demandent que ca !

Avez-vous des projets de scène pour donner à entendre ces nouveaux titres ?


- Gorodish : Il y a un projet , mais rien de concret, on en reparle à la rentrée. J’ai une idée un peu folle, mais je me connais, j’aime bien laisser murir ces idées là et inventer un nouveau challenge.

Vous n’avez pas de label : un choix ? Que pensez-vous des nouveaux modes de diffusion musicale comme myspace, facebook...?


- Gorodish : L’autoproduction était la seule possibilité de faire exister physiquement le cd, je n’ai même presque pas contacté de labels, je les côtoie au quotidien par mon travail et je sais que je ne correspond pas vraiment au profil du moment qui est " retour sur investissement immédiat avec une mise de départ minimale" et puis je n’oublie pas qu’au départ, j’ai surtout voulu me faire plaisir …c’est au fil de l’histoire que j’ai pris la décision de sortir le cd physiquement.
Pour les sites Internet , Je les vois plus comme un media de communication pour rentrer en contact avec d’autres musiciens en ce qui concerne MySpace ou comme un très bon outil de promo et d’information pour Facebook, une très grande part des albums s’est vendue via mon site Internet (www.gorodish.com)

Une question que je ne vous ai pas posée et à laquelle vous brûlez de répondre ??

- Gorodish : Êtes-vous heureux … ?

(1) Studio Iceberg : http://www.iceberg-studio.com/
(2) Couleur tango : http://www.couleurtango.fr/
(3) From your Balcony : http://www.myspace.com/fromyourbalcony}

www.gorodish.com

CD disponible :
- par correspondance : https://www.paypal.com/cgi-bin/webs...

- Chez le disquaire 28 rue de l’Hôtel des postes 06000 Nice
- A la FNAC de Nice et de Toulon
- Espace culturel Leclerc à Vence et à Carpentras

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