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Charlotte Pringuey-Cessac, une artiste à l’art charbonneux

Portrait Charlotte Pringuey-Cessac
© Guillaume Laugier

Pour Charlotte Pringuey-Cessac, tout a commencé par la préparation aux Beaux-Arts à la Villa Thiole et par une rencontre – ce genre de rencontre qui marque un parcours – celle de Patrice Giuge. Alors professeur de croquis à la Villa Thiole, ce pédagogue a transmis sa passion et un bagage artistique à Charlotte Pringuey-Cessac, tout comme l’aquarelliste Marc Lavalle avec qui notre artiste a travaillé. Forte de ces rencontres, Charlotte entrera ensuite à la Villa Arson où elle restera six ans. C’est avec « une éducation artistique extrêmement classique de part ses parents », selon ses termes, que notre artiste a voulu se frotter à l’art contemporain : un monde qu’elle ne connaissait pas, qu’elle a pu découvrir et apprécier tout au long de sa formation.
Pendant sa quatrième année à la Villa Arson, elle part quelques mois en Chine à Hangzhou (à deux heures de Shanghai) pour un échange intégré à son cursus artistique. Son objectif était de se former à l’animation en 3D dans une école spécialisée. C’est selon elle, une discipline qu’elle avait repoussé de part son éducation classique et qu’il fallait qu’elle assume complètement. Mais cet échange ne répondra pas à ses attentes en termes de formation : elle reviendra à Nice à la Villa Arson et continuera à utiliser l’animation, comme une source d’inspiration.

Paysage aquatique (en cours). Charlotte Pringuey-Cessac
© Guillaume Laugier



Dessins muraux et charbon de bois
C’est à son retour à Nice qu’elle fera ses premiers grands dessins muraux. « A force de trouver la feuille toujours trop petite, on arrive finalement sur le mur », en sourit Charlotte Pringuey-Cessac. C’est en 2005 qu’elle réalise son premier dessin mural de 15 m2, Scène n°1. « J’y travaillais la nuit, c’était quelque chose de l’ordre de l’énergie, du mouvement, de la respiration, de la danse. J’ai puisé mon inspiration dans les paysages de mon enfance », dévoile-t-elle. Ses souvenirs d’enfance dans la région d’Uzès sont rattachés à ses grands-parents. Le contexte qui l’inspire alors est extrêmement positif.
C’est le grand-père de Charlotte Pringuey-Cessac qui lui a fait découvrir le charbon de bois, devenu son matériau de prédilection. Originaire de Corrèze, cet entomologiste et agronome était fasciné et passionné par la Nature. Il a toujours été d’un grand soutien au travail de sa petite-fille. Elle a commencé à travailler avec des morceaux de branches carbonisées, très gras et veloutés, provenant du Parc des Bois Brûlés (Société La Forestière du Nord, basée à Igny). C’est cette société de charbon de bois qu’elle démarchera plus tard dans son cursus et qui deviendra son sponsor. Essentiellement axée sur du dessin mural avec ce matériau, c’est en cinquième année que Charlotte Pringuey-Cessac se mettra à la sculpture charbonnée.

Cage à oiseaux, Cage à enfants-/Sibylle. Charlotte Pringuey-Cessac
© Guillaume Laugier



Aux prémices de la sculpture
L’artiste nous parle alors de Cage à oiseaux, cage à enfants, une sculpture qu’elle a réalisée avec du charbon de bois. Inspirée du dessin animé Le Roi et l’Oiseau [dessin animé français créé par Paul Grimault, avec des textes de Jacques Prévert d’après La Bergère et le Ramoneur de Hans Christian Andersen - 1980, ndlr], sa sculpture est la représentation des appartements privés du Roi ; une représentation carbonisée, détruite, en charbon. L’artiste s’est attachée à « voir dans ce matériau des qualités sculpturales. C’est un matériau qui contient déjà en lui-même du dessin », explique-t-elle. La recherche plastique de Charlotte Pringuey-Cessac consiste à toujours pousser plus loin l’idée du dessin dans l’espace, du dessin en volume. Ses réflexions intègrent la 3D, l’animation, le dessin animé : partir d’un espace plat et désirer y entrer, par le virtuel et le réel. Sa fascination pour la mythologie japonaise, les yōkai, constitue également une grande influence sur son travail.

Série des Ghillie Ghillie numéro 1. Charlotte Pringuey-Cessac
© Guillaume Laugier



Hommage à Matisse
Après une parenthèse universitaire (Master II bilingue franco-Italien, Patrimoine Architectural, qui l’amènera de Nice à Gênes), Charlotte Pringuey-Cessac reprend son travail plastique : après deux mois de résidence à la Villa Arson, elle exposera à l’Atelier Soardi - le lieu qui fut, entre 1930 et 1933, l’atelier où Henri Matisse réalisa La Danse. Cette parenthèse artistique et historique a beaucoup inspiré notre artiste qui y a réalisé le dessin mural Flashhh sur 30 m2. Il s’agissait d’une exposition collective de dessin - Exposition « Hypothétiques » (novembre 2009 à janvier 2010). Charlotte Pringuey-Cessac nous remet dans le contexte : « C’est un hommage à Matisse que j’affectionne énormément, ainsi que son travail sur les papiers découpés colorés. C’est un dessinateur extraordinaire ; sa légèreté, sa douceur, cette sérénité, et en même temps sa liberté dans son travail, j’en suis fascinée. J’ai réalisé un travail de dix nuits sur ce dessin qui s’étendait sur quatre murs. En réponse aux dessins découpés colorés de Matisse, j’ai voulu faire un dessin découpant l’espace en ce lieu. Une bande coupe les quatre murs, crée une anamorphose et forme ainsi un M quand on se déplace. Chaque mur est un dessin à part entière ».

Autre temps fort : sa résidence d’artiste à La Station à Nice. Elle y passera deux ans et demi, où elle cumulera les rencontres artistiques autour de son travail. Parallèlement, elle réalisera en 2010 une installation in sitù au Château de Cagnes-sur-Mer, à l’occasion de l’exposition U.M.A.M. « Tout est clair et obscur à la fois ». Son installation baptisée Forêt sera récompensée par le Prix Bonnard. C’est dans cette idée toujours plus accentuée et ce désir de faire sortir le dessin de la planéité, que l’artiste cherche à travailler le dessin directement avec l’objet lui-même : non plus en volume dans l’espace, mais directement collé sur le mur.

Morceau de bois travaillé au charbon. Charlotte Pringuey-Cessac
© Guillaume Laugier



Du matériau aux Melancoliace
Le charbon. Dans ce matériau aussi friable que le diamant est dur, Charlotte Pringuey-Cessac y a vu une inspiration pour en sculpter des pièces, semblables à des minéraux de dimensions variables, les Melancoliace. Cette appellation est une référence à La Mélancolie de Dürer, gravure datant de 1514. L’artiste nous explique : « Cela fait appel au concret, au scientifique, autant que l’art n’est que questions et imaginaire. Ces éléments de petites, moyennes et grandes tailles – les Melancoliace – font référence à l’organique, à l’idée de monde et de pression du peuple, chacun représentant finalement une personne ».

Gravures et dessins de calques
Notre artiste mène actuellement un travail de gravure à la Villa Arson, dans l’atelier de Caroline Challan Belval (professeur de gravure), sur la thématique de l’eau. C’est au Musée Océanographique de Monaco qu’elle trouve ses modèles aquatiques : elle dessine des paysages marins et réalise des gravures de poursuites de poissons. Un travail tout en rapidité à la pointe sèche, sur plaque de cuivre ou de zinc.
A côté de cela, elle travaille actuellement sur des dessins de calques, un matériau qu’elle affectionne particulièrement. De ce matériau « opalescent, très doux, sensuel, qui peut aussi paraître glacé » comme elle aime à le décrire, il en ressort une série de dessin et de découpes, toujours inspirés du travail de papiers découpés de Matisse, qu’elle a nommé Percées. Notons que Charlotte Pringuey-Cessac met ce matériau et son travail en mouvement grâce à un travail d’animation, le dernier en date étant baptisé Nuages de calques (vidéo à visionner sur son site internet).

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