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Les antiquités ont-elles un avenir ?

Salon des antiquaires
depuis 36 ans.
Une réussite des amoureux du Vieil Antibes

"Pas assez sélectif, trop long, cher pour la province".
Pascal Moufflet n’a pas la langue de bois pour critiquer le salon des antiquaires d’Antibes. Ce qui ne l’empêche pas de revenir chaque année depuis 18 ans.
Il est vrai que le salon d’Antibes, avec ses 130 exposants venant à 50% de la région Paca, n’est pas unique au monde. Celui de Toulouse rassemble 300 exposants, la Biennale de Paris est beaucoup plus internationale et en Italie, on ne les compte plus.
Si l’on s’en tient à l’objectif de départ - "animer le Vieil Antibes" - le pari est réussi.
C’était en 1972, à l’initiative de Jean Gismondi. Aujourd’hui, l’Association des Artisans, Artistes et Forains du Vieil Antibes - à but non lucratif et sans subventions - emploie trois personnes à plein temps qui travaillent pendant neuf mois à commercialiser leur produit. Parmi elles, Sandrine Barale, qui passe son temps "à aller voir d’autres salons et développer le relationnel". Et travaille même aujourd’hui en partenariat avec l’office du tourisme.
But avoué : "que l’exposant aille au restaurant et à l’hôtel dans le Vieil Antibes. C’est pourquoi il n’y a aucun restaurant sur le salon" ! Après des débuts dans des locaux en tôle, le salon se tient désormais sur 8000 mètres carrés, sous deux énormes structures métalliques qui viennent de Hollande. Avec une moyenne de plus de 50.000 visiteurs, le salon d’Antibes est un incontournable rendez-vous des amoureux des beaux objets. Mais sa santé est liée à celle de l’économie. Illustration.

Version pessimiste : Pascal Moufflet ne conseillerait pas à son fils de devenir antiquaire

Pascal Moufflet est un habitué.

Pascal Moufflet, antiquaire Nice. Expose au salon d’Antibes depuis 18 ans.
©JChDusanter

Sa famille a "fait" le salon depuis ses débuts, lui a repris le flambeau en 1990. Originaire de Bordeaux, son père s’installe dans les années 50 à Nice, dans le quartier des antiquaires, qui se trouvait alors dans les rues Longchamp et Paradis.
Quant à lui, il ouvre une première boutique à Cannes en 1981 et commence par suivre la voie de ses parents, spécialistes de la Haute Epoque puis il "tente de se faire un prénom" : "un matin, j’ai trouvé le Louis XIII dégueulasse dit-il avec humour, j’ai évolué vers le Louis XIV, une marchandise plus chatoyante, plus raffinée - marqueterie, bois doré, acajou…"
Plus haut de gamme aussi : un meuble de Haute Epoque dépasse rarement le million d’euros, contrairement au XVIIIème siècle où les prix peuvent atteindre 5 millions.
Bientôt les antiquaires désertent Cannes : Pascal Moufflet se réfugie dans le quartier du port de Nice où il est encore aujourd’hui.
Avant la chute du dollar, il vendait beaucoup aux Américains : "mais depuis le 11 septembre 2001, c’est fini !"
Ses clients actuels sont Italiens, avec quelques Anglais, Belges, ou Russes … De riches résidents de la Côte à deux cent kilomètres à la ronde.
Très peu de Français : "j’ai assisté à l’appauvrissement des classes moyennes. Avant, un architecte ou un médecin pouvaient acheter, aujourd’hui seul un directeur de clinique peut se le permettre."
Même s’il est critique, Pascal Moufflet pense qu’Antibes "reste un bon salon, les dates sont excellentes". Chaque année, il y donne rendez-vous à sa clientèle : "dans les années 80, je vendais presque tout pour un montant moyen de 300.000 euros. En 2007, j’ai vendu deux pièces et j’étais content d’avoir récolté 100.000 euros !"Soit six fois moins au cours actuel de l’euro - et c’est vrai semble-t-il pour l’ensemble de la profession.

Dans sa galerie d’Antiquités Nice
©JChDusanter

Au final, bien que fils d’antiquaire, il ne conseillerait pas à un jeune de le devenir : "c’est un métier qui demande beaucoup de connaissances, où la marchandise est très chère et l’erreur ne pardonne pas !"

Version optimiste : Giorgio Salvai, un Italien qui réussit en France !

Créer de la joie dans les maisons et la vie de ses clients, c’est le but de Giorgio Salvai, Italien du Nord spécialiste du mobilier italien du 18 au 20ème siècle.
Même pas 50 ans et déjà à la tête d’un show-room à Cannes et d’une boutique quai Voltaire à Paris : voila un Italien qui réussit en France. Sans doute grâce à sa personnalité flamboyante - et surtout à un amour du "Beau" typiquement latin : "J’adore partir à la chasse aux trésors, à la recherche de pièces miraculeuses laissées par nos ancêtres. Le beau fait du bien, il donne du plaisir, nous fait vibrer. Toucher, admirer une oeuvre d’art est un acte extatique".
Dès l’âge de 15 ans, il redécore la maison familiale. Il commence par travailler auprès d’un antiquaire italien de renom, avant de se lancer au début des année 90. Découvrant Cannes à l’occasion d’un salon, c’est dans cette ville qu’il s’installe en 2000, dans une villa-show room, où il mélange des "objets d’antiquité de très haut niveau et œuvres design les plus à l’avant-garde".
Meubles, objets, peintures, sculptures, il pratique avec art le mélange des genres, "cherchant le génie des objets, et le moderne à travers les âges".

Heureux comme un Italien en France !

La bible du mobilier

Anne Lovreglio a écrit toute seule, et en deux ans seulement, le Robert du Mobilier : une Bible de 480 pages parue fin 2006 et préfacée par Jacques Tajan. Aidée quand même de sa fille Aurélia pour l’iconographie.
Un ouvrage de référence, richement illustré (800 photos), pédagogique, tout sauf ennuyeux…
D’abord antiquaire, cette experte en tableaux anciens spécialisée dans la détection des faux, aime être à la pointe du progrès : elle est sur internet depuis 1994, où elle répond - gratuitement - aux questions les plus pointues des internautes, depuis le site www.search-antiques.com conçu par Aurélia : "ça m’amuse et me fait plaisir, d’être aujourd’hui consultée par le monde entier. Il suffit d’une photo pour faire une estimation d’un objet !"
C’est facile pour elle, qui est capable de dire par exemple le nombre précis de perles que doit contenir un rosaire !

Jean Gismondi, le fondateur

Jean Gismondi, longtemps président du salon, a passé le flambeau à Gérard Fantino, expert-comptable de profession.

Commode de la collection de Jean Gismondi, fondateur du salon d’Antibes qui sera présentée cette année
©Tous droits réservés

Antibois d’origine, Jean Gismondi est un spécialiste reconnu des chefs d’œuvre de l’ébénisterie parisienne du 18ème siècle et de la peinture italienne et française des 17ème et 18ème siècles avec une prédilection pour les Védutistes vénitiens. Installé depuis 1982 à Paris, dans la rue Royale, présent à Monaco dès 1993 par le biais d’une association avec le promoteur Michel Pastor, il est actuellement adjoint à la culture du maire d’Antibes. Il sera présent cette année encore dans le carré Prestige.

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