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Fin de cet événement Mars 2018 - Date du 29 janvier 2018 au 2 mars 2018

Y a-t-il une École d’Antibes ?

Depuis le début des années 1960, on parle de l’Ecole de Nice à laquelle quelques noms célèbres restent attachés (Yves Klein, Arman, Martial Raysse, Ben, Viallat, pour n’en citer que quelques-uns). Actuellement c’est à Antibes qu’une poignée d’artistes émergent, se réunissant fréquemment dans la petite galerie Transcafé (1), lieu d’un certain ferment dans la Cité des Remparts. On y rencontre couramment Frédéric Voiley, Véronique Champollion, Michel Joyard, Dominique Drossin et d’autres parmi lesquels, bien sûr, les trois artistes Antibois qui exposent actuellement les oeuvres, aux styles très différents, dans le large et magnifique Espace Culturel des Arcades : Matthieu Astoux, Jacques Lavigne et Patrick Rosiu.

« Y aurait-il une École d’Antibes ? » Telle est la question posée par Madame Simone Torres Foret-Dodelin, adjointe à la Culture de la ville d’Antibes, lors de l’inauguration de cette splendide exposition dont l’accrochage est une parfaite réussite dans ce lieu spacieux.

Mathieu Astoux

Les trois artistes s’apprécient, se côtoient et, grâce à la réunion de leurs oeuvres, ils forment un noyau constitutif et actif avec le désir d’être le point de départ d’un groupe qui pourrait s’élargir en un mouvement d’avant-garde par rapport à ce qui se fait couramment dans la région. Bien que seul Matthieu Astoux y soit né, Antibes apporte à chacun d’eux une lumière et une ferveur qui viennent leur dire quelque chose dans l’acte de peindre, aussi s’y sont-ils enracinés de longue date.
Cette concentration exceptionnelle d’artistes fait la réputation de ce mouvement sans traditions ni techniques communes, sans maître ni disciple. Sans date de naissance non plus, seulement la rencontre des artistes de ce groupe qui ne privilégie aucune pratique artistique particulière, aucune vision du monde ou pensée unique, aucune uniformité.
Une passion, une poésie, une générosité identique animent leurs personnalités totalement différentes. C’est leur questionnement autour de la peinture qui les réunit et une critique constante de la société actuelle en ce qui concerne le marché de l’art. Quoique qu’ils soient fort éloignés dans leur expression, leur confrontation ne s’avère en rien déséquilibrée.

Entraîné un temps vers une forme expressionniste, Matthieu Astoux expérimente différents styles, avec une soif inépuisable de lumière et d’absolu.

Mais s’il cherche la lumière, ses pieds sont profondément ancrés dans la terre. Ce paradoxe est le fondement même de son art, la gravure représentant le point de départ de son expression artistique (il a commencé par apprendre la technique dans l’atelier du Safranier de Dominique Prévost). En témoigne une série de gravures aux chaudes couleurs automnales passant de l’orange et jaune safran au brun et noir. L’artiste varie les formes, soit géométriques soit figuratives, dans un flou où le réel est réduit à une transparence atmosphérique.

Jacques Lavigne

Quelle vision Jacques Lavigne cherche-t-il à montrer avec des couleurs lumineuses ?

Ces harmonies d’une extraordinaire légèreté déposent leur douceur sur des motifs géométriques où les lignes semblent rêver. Le motif élégant et épuré, avec une fascination pour la couleur bleue dans un subtil jeu de camaïeu, donne un sentiment de modestie à une matière fluide et aérienne. Il se rapproche par son schématisme géométrique du style de Paul Klee ou du Russe Kasimir Malévitch. L’harmonie apparaît douce, tendre et la peinture se montre poétique.

A côté de l’art dépouillé de Jacques Lavigne et de son mélange singulier de rigueur et de poésie, Patrick Rosiu montre de fascinantes toiles, imposantes et colorées.

Patrick Rosiu

Pourrait-on dire que l’artiste est dans sa « période africaine » ? Les toiles exposées évoquent les dessins traditionnels, pleins de gaieté et de couleurs de certaines régions d’Afrique. Sous l’influence du choc des cultures et des liens qui se créent dans l’art. L’art n’a pas de frontières. Grâce à un réseau sinueux de courbes cabalistiques, mais vivantes, l’abstraction s’insinue tandis que le dessin s’évade, jusqu’à ce que l’émerveillement nous habite.

Ces trois peintres font mouvement en mettant en place la dynamique de leur désir de montrer leurs oeuvres et en exposant ainsi leurs intentions profondes, entre le visible et l’invisible. Ou du moins ce que leur regard perçoit et cherche à transmettre par la création artistique.

S’ils décidaient de se partager le monde, on donne le ciel à Jacques Lavigne, la terre et ses richesses à Patrick Rosiu, et l’air à Matthieu Astoux !
Caroline Boudet-Lefort

(1) 6 rue du Docteur Rostan – Antibes.

Photo de Une (détail) - Un détail d’une oeuvre de l’artiste Lavigne

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