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Fin de cet événement dans 1 mois - Date du 9 juillet 2022 au 6 novembre 2022

Plantu, la colombe et la souris, au Musée Peynet et du dessin humoristique d’Antibes

Dès l’enfance, Plantu aimait dessiner. Né Jean Plantureux, à Paris en 1951, il résiste à ses parents qui le voyaient dans des études traditionnelles (médecine), alors que lui-même avait vite compris qu’il lui fallait plutôt suivre les cours de l’Ecole de Dessin fondée par Hergé (le papa de Tintin) en Belgique, afin de laisser son crayon faire à l’aise la gymnastique voulue.

De retour à Paris, il propose alors ses dessins à divers quotidiens tout en gagnant sa croûte par ailleurs (vendeur de meubles, dit-on !). Il est rapidement engagé au journal Le Monde - dès l’automne 72 – où il publie sa première colombe à propos de la guerre au Vietnam. Il en publiera une multitude d’autres puisque les guerres s’enchaînent...

Sa colombe, symbole de la Paix, est tout aussi célèbre que sa petite souris qui se niche dans un coin de presque tous ses dessins : on s’amuse à la chercher, parfois elle est soigneusement cachée !

Toujours en rapport avec l’actualité, ses dessins, d’abord hebdomadaires, deviennent quotidiens, puis bientôt toujours en première page. Plantu est dès lors « dessinateur-éditorialiste », avec de plus en plus de talent, d’idées, de trouvailles, de succès ! Il donne ainsi au Monde sa tonalité amusante parmi les articles on ne peut plus sérieux du quotidien.
Boulimique de son travail et passionné de politique, il fait aussi des dessins pour quantité d’autres journaux dont le « Canard enchaîné  » et « L’Express ». La reconnaissance de son humour virtuose va en grandissant et les Prix s’accumulent.

En 1991, il rencontre, à Tunis, Yasser Arafat lors d’une exposition de ses dessins. Emballé par son talent, le leader palestinien dessine alors lui-même l’étoile de David du drapeau israélien et le colorie sur un dessin de Plantu qu’il signe. Par la suite, en 1992, à Jérusalem, Plantu rencontre Shimon Pérès, ministre israélien des Affaires étrangères, qui à son tour signe le dessin, donnant ainsi un document réunissant les deux signatures des parties opposées dans le conflit du Moyen-Orient. Grande fierté donc pour Plantu puisque c’était un an avant les accords d’Oslo.

Face au déchaînement de haine dans le scandale autour de la publication des dessins danois interdisant la représentation de Mahomet, il contourne astucieusement cette interdiction en écrivant dans tous les sens en boucles continues et répétitives «  je ne dois pas dessiner Mahomet » pour finalement façonner le visage barbu du prophète, potentiellement reconnaissable.

Plantu est donc un artiste qui joue à sa manière avec l’interdit et sait le transgresser !

Avec un point de vue acerbe et moqueur, comment ne pas rire alors que c’est bien souvent tragique. Comme son regard conserve la bonne distance et que sa pointe d’ironie évite toute malveillance, il échappe à toutes les foudres qu’il aurait pu s’attirer.
Bien entendu il a ses sympathies parmi les hommes politiques, et certaines « têtes de turcs » en prennent plein la tronche. Il avait particulièrement trouvé le coup de plume pour dessiner Sarko, qui était toujours reconnaissable et dont il s’est largement moqué en schtroumpf diablotin. Mais le dessinateur a fait bien d’autres victimes...
Sollicité par Kofi Annan, secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, Plantu a créé une association démocratique qui rassemble aujourd’hui 250 dessinateurs de 54 pays « Cartooning for Peace ». Il a passé la main au dessinateur Kak, mais reste Président d’honneur ! Wouaaaahhh !

Aussi faut-il voir la superbe, passionnante, et très copieuse exposition organisée par le Musée Peynet et du dessin humoristique d’Antibes.

Elle montre une quantité de dessins de Plantu qui mémorisent de multiples d’événements mondiaux des 50 dernières années. Cette panoplie ravive notre mémoire et on admire cet incroyable talent !
Caroline Boudet-Lefort

Artiste(s)