| Retour

Cet été, la Venet Foundation présente au Muy une installation inédite de l’artiste Lawrence Weiner

La proposition de l’artiste américain s’adapte à un parcours concentré uniquement sur les espaces extérieurs pour répondre au contexte sanitaire exceptionnel. Pensé pour le lieu, le statement que l’artiste a proposé à la Venet Fondation s’inscrit dans la longue galerie vitrée, totalement visible depuis le parc de sculptures dont il devient une clef du parcours.

Les visiteurs pourront également découvrir ou redécouvrir les œuvres qui composent le parc de sculptures, comprenant des œuvres monumentales d’artistes de la collection avec les œuvres de Richard Long, Larry Bell, Tony Cragg, Sol Lewitt, Robert Morris, Sir Anthony Caro, Phillip King, Arman, Richard Deacon, Ulrich Rückriem... ainsi que des œuvres de Bernar Venet, dont les sculptures exposées au Château de Versailles en 2011 reconfigurées en effondrement. La Chapelle Stella créée in situ par Frank Stella pour l’inauguration de la fondation en 2014 et regroupant six de ses grands reliefs sera également visible, tout comme l’installation permanente de James Turrell, Elliptic Ecliptic qui appartient à la série des Skyspaces.
Les 7 hectares dédiés à la découverte de l’art conceptuel et aux installations de Bernar Venet permettront aussi aux visiteurs de prendre part à un parcours artistique exceptionnel, dans un environnement naturel d’une beauté inouïe, au cœur de la Provence.

Le confinement fait resurgir une pratique héritée de l’art conceptuel

Portrait de Lawrence Weiner. Courtesy Moved Pictures Archive, New York

Les conditions de préparation de l’exposition s’en sont également trouvées modifiées puisque les échanges se sont intégralement déroulés par téléphone et par communications digitales. À l’occasion de cette pandémie et de ce confinement, des méthodes de travail ont été privilégiées pour concevoir les expositions ravivant les pratiques qui ont présidé à l’éclosion de l’art conceptuel dans les années 1960. On pense à Art by telephone au Museum of contemporary Art de Chicago (1969) dans laquelle Jan van der Marck invitait les artistes à donner leurs instructions au téléphone sur le modèle des tableaux téléphonés de Laszlo Moholy Nagy réalisés en 1923 (le catalogue de l’exposition ne montrait pas leur réalisation mais consistait en un disque vinyl rassemblant les différentes instructions), mais aussi à l’exposition « Working drawings and other visible things on paper not necessarily meant to be viewed as art » organisée par Mel Bochner en 1966 et aux expositions Numbers de Lucy Lippard (557,0871 au Seattle World Pavilion, 955,000 à Vancouver, en 1970...) ou aux expositions et ouvrages de Seth Siegelaub, le Xerox book, July, August, September 1969 ou encore l’exposition de Bernar Venet à la galerie Templon en 1971 dont il n’a pas vu les œuvres réalisées à distance et à laquelle il n’a pas assisté, qui sont toutes constituées de propositions transmises à distance. Ainsi, il est utile de rappeler que cette capacité à créer une œuvre pour un lieu spécifique, d’après un protocole, sans intervention de l’artiste - pratique qui s’est étendue bien au-delà de son foyer original - constitue bien un apport de l’art conceptuel au sens de mouvement historique apparu à New York à la fin des années 1960.

La genèse du statement chez Lawrence Weiner

Lawrence Weiner est l’un des acteurs majeurs et historiques du mouvement art conceptuel dont la pratique dans les années 1968-1971 illustre la quête de dématérialisation. Lorsque les étudiants du Windham College détruisirent la sculpture Staples, Stakes, Twine, Turf car elle entravait leur accès à la pelouse du campus, Lawrence Weiner établit des statements (1968), il s’agit de descriptions sommaires d’œuvres réalisées ou non, dont il définit l’emploi dans une des déclarations les plus essentielles de l’art des cinquante dernières années :
« 1/ L’artiste peut réaliser la pièce
2/ La pièce peut être réalisée
3/ La pièce ne doit pas nécessairement être réalisée
Chacune de ces possibilités a la même valeur et correspond à chaque fois à l’intention de l’artiste. Il appartient à l’acquéreur éventuel de préciser les conditions de réalisation de l’œuvre ».

À cette date, les objets qui sont encore des détournements des pratiques picturales revêtent toujours une place centrale. C’est à partir de 1971 avec la peinture des statements au mur devenue généralisée que la réalisation des œuvres se trouve obsolète. Le texte et sa présence physique agissent comme des interventions sculpturales télépathiques suffisantes en elles-mêmes, non dénuées d’une certaine mystique, qui nous rappelle la phrase de Sol LeWitt : « Les artistes conceptuels sont des mystiques plutôt que des rationalistes. Ils tirent des conclusions que la logique ne peut atteindre. Si des mots sont utilisés et procèdent d’idées sur l’art, alors ils sont de l’art et non de la littérature ; les chiffres ne sont pas des mathématiques.(1) »

Vue de la galerie avec une simulation de l’installation de l’œuvre de Lawrence Weiner. Courtesy de Moved Pictures Archive, News York et de la Venet Foundation


Mesures sanitaires}

La situation liée au Covid-19 a naturellement amené la Venet Fondation à modifier les conditions d’accueil du public au Muy, la jauge des visites guidées sera réduite en fonction des recommandations des autorités (sans doute 15 personnes maximum). La proposition de Lawrence Weiner pour cet été s’adapte à un parcours concentré sur les espaces extérieurs. Le statement qu’il a proposé pour la Venet Foundation s’inscrit dans la galerie vitrée et est totalement visible du parc de sculptures dont il devient une clef du parcours.
Les visiteurs pourront ainsi circuler dans un parcours défini et leur rencontre sera limitée car la sortie du parc de sculptures se fera à l’extrême opposé de l’entrée. Une nouvelle signalétique sera également mise en place pour faciliter la circulation. Une aide à la visite sera disponible pour les visiteurs sur le site de la Fondation.
Les visites continuent à s’organiser sur réservation via le site internet afin de contrôler le nombre de visiteurs.

1 « Conceptual artists are mystics rather than rationalists. They leap to conclusions that logic cannot reach. If words are used and they proceed from ideas about art, then they are art and not literature, numbers are not mathematics » Sol LeWitt

Photo de Une : (détail) Vue de la galerie avec une simulation de l’installation de l’œuvre de Lawrence Weiner. Courtesy de Moved Pictures Archive, News York et de la Venet Foundation

Artiste(s)