| Retour

Fin de cet événement dans 2 mois - Date du 7 juin 2024 au 29 septembre 2024

Berthe Morisot à Nice - Escales impressionnistes

Née d’un milieu grand bourgeois (un père préfet), le talent de peintre de Berthe Morisot a été vite reconnu par le professeur privé qu’avait choisi sa mère pour ses deux filles (l’Ecole des Beaux Arts n’était à l’époque pas ouverte aux femmes) : « Avec des natures comme celle de vos filles, ce ne sont pas des petits talents d’agrément que mon enseignement leur procurera ; elles deviendront des peintres ».

Berthe Morisot, Le Carnaval de Nice, 1889, pastel sur papier,Musée Marmottan Monet, Paris, inv.6056, Legs d’Annie Rouart en 1993 © Bridgeman Images

Avec sa sœur, elles fréquentent le Louvre des copistes, et les salons de Monsieur de Gas (père d’Edgar Degas) où étaient présents Baudelaire, Charles Cros, Pierre Puvis de Chavannes, les frères Manet... Edouard Manet peindra plusieurs portraits d’elle dont la célèbre Femme et enfant au balcon où elle pose en compagnie de sa sœur, Edma Pontillon et sa nièce Paule.
Élève de Corot, Berthe est admise à son premier Salon avec des peintures des bords de l’Oise, et si sa sœur a ensuite abandonné les pinceaux, Berthe a su s’imposer au sein du groupe des Impressionnistes. En 1873, suivant Monet, Pissarro, Sisley, Degas, etc., elle quitte le Salon officiel, adhére à la Société des Artistes français et participe à la première exposition des peintres Impressionnistes dans laquelle elle est la seule femme.
C’est à propos de cette exposition que le critique d’art Louis Leroy du Charivari qui (pour se moquer) a repris dans son article le titre d’un des tableaux de Monet : Impression, soleil levant : « En voilà de l’impression ou je ne m’y connais pas (…). Je me disais aussi, puisque je suis impressionné, c’est qu’il y a de l’impression là-dedans  »… Sans le vouloir, il a donné le nom à ce groupe aujourd’hui connu et célébré mondialement. Le journal Le Figaro dans un article violent traitait ces artistes d’aliénés et Berthe Morisot était qualifiée « d’esprit en délire  ».?Ce qui ne la troubla pas outre mesure, elle continua à affiner son style et à participer à toutes les expositions des Impressionnistes. 
Avec Mary Cassatt, arrivée d’Amérique, elles s’affirment comme les deux grandes figures féminines du mouvement, tant par l’approfondissement de leurs recherches que leur implication dans le groupe.

En 1874, Berthe épouse le peintre Eugène Manet, frère d’Edouard, et donne naissance deux ans plus tard à Julie, sa fille unique qui va devenir un de ses modèles favoris puis son élève.

Ses voyages à la recherche de motifs et de nouveaux paysages l’amènent à Nice. En bons hivernants, ils arrivent en novembre avec leur fille qui a alors trois ans. Ils passeront quatre mois dans de grands hôtels : celui d’Angleterre (rue de Suède, devenu le Park Hôtel), puis le Richmond (et non pas Richemont, comme écrit dans le catalogue), avenue Durante, près de la gare), pour son grand jardin. 
Si le style romantique et lyrique des premières années de Berthe Morisot est influencé par son maître Corot, depuis sa rencontre avec les Impressionnistes, elle est très inspirée par Monet et surtout par Renoir (certains de ses tableaux de jeunes filles dans les champs sont très proches). Elle a néanmoins trouvé une manière singulière de peindre à l’huile comme on peint à l’aquarelle, recherchant à accentuer les transparences.  

À Nice, elle réalisera plusieurs vues du port dont certaines prises depuis une barque placée au milieu du port.

Berthe Morisot, La Plage de Nice, 1882, huile sur toile, collection particulière© Sotheby’s

Si les alentours sont reconnaissables, ce sont les reflets sur l’eau et ses transparences colorées qui l’intéressent. 
Dans plusieurs aquarelles et une huile de la plage de Nice où sa fille Julie est présente, l’artiste joue avec la lumière et les couleurs chatoyantes.
Lors de son second séjour, sept ans plus tard, en 1888, elle s’installera avec sa fille âgée alors d’une dizaine d’années à la Villa Ratti de Cimiez entourée un verger d’agrumes qui figure dans plusieurs de ses œuvres. 
L’exposition présente de nombreuses représentations de Julie, notamment en train de peindre ou de jouer de la mandoline.
Complétée par des peintures de Claude Monet et d’Auguste Renoir de la même période, elle témoigne de l’intérêt des Impressionnistes pour la Riviéra.
Une aile du Musée est consacrée à la « Création féminine sur la Riviera à la Belle Époque ». Célébrant des femmes peintres nombreuses et talentueuses, souvent issues de familles d’artistes ou de familles cultivées où l’art était très présent, formées par des professeurs eux-mêmes artistes comme Tracel qui a enseigné l’aquarelle et la peinture à la baronne Charlotte de Rothschild. Mais beaucoup d’entre elles ont été oubliées ou mises de côté par l’histoire.

Nous avons eu droit à une visite très documentée et agréable par l’excellente conférencière Cécilia Auber.

Louise Breslau © Musée Jules Chéret

Informations pratiques

Musée des Beaux-Arts Jules Chéret
Du 07/06 au 29/09/2024 de 10h à 18h.
Fermé le lundi.
L’exposition s’inscrit dans une programmation pluriannuelle engagée du musée des Beaux-Arts, qui donne à comprendre la réalité et la qualité du milieu artistique à Nice, ville cosmopolite par excellence à la Belle-Epoque.
L’opportunité de mener un projet de cette ampleur est née de l’opération territoriale conçue par le musée d’Orsay « Les 150 ans de l’impressionnisme », en lien avec l’exposition Paris 1874.Inventer l’impressionnisme, célébrant cette incontournable date anniversaire.

Visuel de Une (détail) Louise Breslau © Musée Jules Chéret

Artiste(s)