| Retour

Fin de cet événement il y a 2 mois - Date du 25 août 2020 au 25 septembre 2020

André Laurenti à la Librairie-Galerie Rabelais

Le parcours d’un artiste, surtout s’il couvre plusieurs décennies, est fait de remises en question et de ruptures, souvent liées à des évènements de sa vie qui, la plupart du temps, entraînent des modifications importantes de sa technique.
André Laurenti va ainsi connaître des révolutions de son univers pictural en passant de la peinture acrylique à la peinture à l’huile puis à l’utilisation généreuse de pigments naturels.

Né à Nice, après des études secondaires au Lycée du Parc Impérial, Il suit une formation d’ingénieur agronome à Angers. Doué pour le dessin, ses croquis de végétaux sont très tôt remarqués. Passionné de botanique et de physiologie végétale, il envisage de s’engager dans la recherche, mais son désir de s’exprimer par la peinture va s’imposer.

Il fait ses premières expositions dans des bars de Nice : le Panic’s, la Bièrerie et à la Villa Beau Site... au désespoir de ses parents qui ne comprennent pas pourquoi il délaisse ses études prometteuses.
Ses premières œuvres sont très inspirées du Matisse des années 20. Il peint des « intérieurs niçois », travaillant avec des gouaches sur papier, de l’acrylique sur toile, « entre trois et huit couleurs vives, des bleus cobalt, des rouges ».
La rencontre avec Madame Germain de la galerie AO d’Antibes rassure ses parents : «  La reconnaissance par la galeriste fait du bien à mes parents qui acceptent mon choix de devenir peintre ».

La période 1986-88 voit l’éclosion du mouvement de Figuration Libre (nom donné par Ben).
Se joignant à cette mouvance, il fait alors une peinture libre, insouciante, remplie d’anecdotes, « mais techniquement faible, une peinture qui ne se la pète pas  ».

Concerto, acrylique sur toile, 92x73 cm, 1986 (détail) DR Galerie AO

En 1987, premier grand changement. Il abandonne l’acrylique pour la peinture à l’huile.

Lente à sécher, demandant d’autres approches, la peinture à l’huile modifie son regard.

Éléments Médusa, huile sur toile, 92x73 cm, 1989 DR

Sa peinture se fait alors analytique, intérieure, « compliquée », abstraite, avec un minimum de figuration, juste quelques éléments traités comme des apparitions : fenêtres, fauteuils, silhouettes...
Dans ce nouveau style plus austère, les ambiances sont claires-obscures, brunes, presque noires.
Suivant ses intuitions, il crée des « paysages » qu’il appelle «  intériaques », composés d’éléments en suspension dans l’espace, de tissus déchirés reposant sur des branches, des choses denses et sombres peintes dans l’univers clos de son atelier éclairé à la bougie.
Une période plus intime et complexe s’ouvre alors. Métaphysique, quasi mystique, ses toiles montrent des figures craintives, tremblantes, entre organique et végétal. Elles sont rouges, sombres, bleu-noir.
En 1991, ce travail sera exposé au Musée du Bastion d’Antibes avec une préface de Frédéric Altmann.

En 1992, « le catalogue du Bastion sous le bras » il tente d’intéresser des collectionneurs et galeristes parisiens.

Avec le changement de rythme de la grande ville, le bruit, les gens, sa peinture se modifie de nouveau. Elle redevient plus figurative avec des espaces plus ouverts où la présence humaine réapparaît.
Il fait la rencontre du responsable de la Galerie Métamorphose qui s’intéresse à son travail et le fait connaître d’un plus grand public.

Au rythme parisien, il vit des «  années de folie  » où il peint 40 à 50 tableaux par an. Il vend beaucoup, réalise des commandes importantes : des maquettes pour les tissus, des peintures de 6 mètres sur 3, décore des appartements... Une activité intense qui se conclura par de graves problèmes avec son galeriste dont il doit se séparer après un procès, sans récupérer ses toile.

Calvaire, huile sur toile, 116x89 cm, 1995 DR

D’autres galeries s’intéressent alors à son travail qui évolue vers plus de complexité, Son inspiration se tourne vers le Médiéval des douzième et treizième siècles. Il utilise de la feuille d’or, des glacis.
En 1997, il réalise un livre d’artiste avec l’atelier Vis à vis.

Dans les Années 2000, un changement d’atelier le perturbe. Il peint moins, se lasse des glacis.

Des pigments achetés dans le Luberon vont lui permettre d’entamer un nouveau cycle.

Coppa Buffali, verre soufflé, Murano, 2019

C’est un « retour à la terre avec les ocres et des pigments, toujours à base de peinture à l’huile ».
Ses voyages annuels en Italie du Sud, ses visites à Pompéi, dans les Champs Phlégréens près de Naples, au Musée et aux ruines des villas ensevelies de Baia sont de nouvelles sources d’inspiration.

Il s’intéresse aussi au verre travaillé dans les fornace avec les artisans verriers de Murano qui, depuis des années ont pris l’habitude de collaborer avec des artistes venus de tous les pays.
Il prend un atelier à Venise et passe plusieurs mois par an pour créer de nouvelles œuvres.

Riche de nouveaux savoir-faire, sa peinture se libère. Il dessine au fusain, utilise des jus, des pastels, du papier photo, de la feuille d’or, etc., des collages d’éléments qui viennent s’imposer sur la toile brute ou sur le papier Arche.

Il travaille ses fonds avec des terres attaquées à l’acide ou recouvertes de gouache, toute une chimie singulière qui donne à ses œuvres une vérité façonnée par le temps, par une mémoire ancestrale.

Il ne s’interdit rien, se fie à son inspiration, à tout ce qui l’a nourri et le nourrit encore.
Acceptant les accidents, les équilibres inattendus, inexpliqués, il attend de sa toile qu’elle lui raconte quelque chose, surveillant le moment de bascule «  où l’œuvre voit le jour », où la fusion, entre forme et fond, entre peindre et penser, se réalise.
« Voir, dit-il, c’est être bouleversé, chaviré, s’y reconnaître ou s’y perdre ».

Peindre tient toujours d’un affrontement avec soi même. Un combat entre la main, les yeux, l’esprit. Chaque touche de peinture est un fragment d’émotion et toute recherche intérieure conduit inéluctablement au chaos du dedans, aux limites de l’ordre, de la pensée, au désordre, au risque de se perdre...
Peindre, c’est dé-penser.

Elements of Thought, pigments & pastels sur papier vergé, 120x80 cm, 2018

Éloigné des peintres conceptuels, son travail exhibe un certain classicisme, mais revisité par une nature d’une grande liberté, généreuse, excessive.

André Laurenti à la Librairie-Galerie Rabelais
Rue Defly Nice tel 07 82 61 96 81
Jusqu’au 25 septembre

Visuel de Une : Concerto, acrylique sur toile, 92x73 cm, 1986 (détail) DR Galerie AO

Artiste(s)

André LAURENTI

André LAURENTI expose depuis 1984 une peinture contemporaine universelle et visionnaire. Sa pensée nous restitue par la couleur, les paysages et les êtres qui y vivaient. Il utilise les fluides et les matières, ocres et médiums d’huile. La vie de ses toiles nous évoque les couleurs secrètes et (...)

pub