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« Pénélope » de Jean-Claude Gallotta à Anthéa : Magnifique ! Eblouissant ! Epoustouflant !

Dans « Ulysse », chorégraphié également par Jean-Claude Gallotta il y a de nombreuses années, tout était blanc. Aussi, pour contrebalancer, a-t-il choisi le noir pour Pénélope, la femme aimée et aimante qui attendit le retour d’Ulysse en tissant toujours la même tapisserie et en rejetant les nombreux prétendants qui la sollicitaient.
Si pour « Ulysse », Jean-Claude Gallotta pensait à Joyce et à Homère (avec les sirènes, etc) rien qu’avec le titre, tout spectateur voyageait, ce qui est le contraire pour « Pénélope  » puisqu’elle ne bouge pas.

Il a donc aussi désiré une musique très contemporaine créée à sa demande par 3 compositeurs différents qu’il a sollicités en insistant sur la comédie musicale qu’il aime particulièrement .
Signés Chiraz Sedouga, les costumes, qui souvent dénudent la chair, sont également très contemporains, avec des jeux de miroirs puisque les hommes sont habillés comme les femmes, avec dentelles, matières transparentes, ou résille même. Ainsi les différences sexuelles s’effacent.
Dans cette danse d’une grande vitalité, il y a cinq Pénélopes : chacune incarne une Pénélope différente. Mais aucune n’est devant une tapisserie, au contraire elle ne tient pas en place. C’est une guerrière, fantasque et dédaigneuse qui cherche des moyens détournés pour éviter les situations qu’elle désire à fuir face à tous ces hommes qui la sollicitent.

Pénélope, ce pourrait être toutes ces femmes qui bien souvent tirent leur force de leur faiblesse, en jouant d’astuces pour s’imposer dans leur manière de fonctionner.

Avec de grandes enjambées ou des petits pas frétillants, des moulinés de bras ou des gestes immenses, ou encore avec des cavalcades effrénées ou en marchant comme des insectes, les corps s’enlacent, se touchent, se soulèvent dans des mouvements d’ensemble inhabituels que ce soient en solos, duos, ou même trios.
Avec sensualité les mains s’attardent sur le corps de l’autre, en élans sensuels plein d’une vitalité incroyable.

Il s’agit de danser une histoire d’amour qui n’en finit pas.

Pour faire des avances à Pénélope les prétendants ont des gestes saccadés. Puis, viennent les « Indociles » et enfin les « réconciliés ». ..
Entre deux pas de danse, est projetée une vidéo en hommage à Merce Cunningham, hommage que lui rend Jean-Claude Gallotta qui a commencé la danse avec lui aux États-Unis. On voit ainsi en gros plans les traits de ce beau visage, avant sa très récente disparition.
Caroline Boudet-Lefort

Visuel de Une (détail) ©ANTHEA

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