Le temps. La vie. Tout file, tout s’échappe
Au cœur de la nouvelle pièce de Philippe Decouflé (présentée à Anthea du 29 au 31 janvier), les danseurs déambulent selon les couches de la mémoire de chacun. Le chorégraphe a voulu rendre hommage à tous les danseurs qui l’ont accompagné dans ses différents ballets. Ils sont tous là, même la femme de ménage avec son plumeau et son balai. Et même ceux qui ont un certain âge et ne sont, aujourd’hui, guère performants pour la danse. Le pianiste est sans cesse présent, souvent déplacé, tantôt à gauche, tantôt à droite. Sa musique résonnera inlassablement.
C’est le matin, l’une prend sa douche, l’autre fait des haltères, le troisième bricole avec une perceuse. Un autre encore, en costume rayé de bagnard, s’allonge. Chacun dans ses occupations du quotidien. Mais tout s’emmêle : le temps et l’espace. Et la vie de chacun. Le temps d’un tango, l’homme est en robe scintillante et la femme en pantalon. Il y a plein d’astucieuses trouvailles dans ce bazar délirant qui mélange les activités et les postiches de chacun. Et l’humour est souvent présent.
Toute une série de traversées, soit ensemble, soit de deux ou trois danseurs avec un léger décalage du geste qui est terminé par un autre danseur, ou qui impose une rupture dans le trajet. Avec des mouvements de corps, à la fois rythmés et souples, les bras et les jambes s’agitent en gestes géométriques.
Quoique Philippe Decouflé ne s’oppose pas aux hommages d’un temps déjà lointain, il ne fuit pas les découvertes actuelles. L’invention visuelle ne cesse de se renouveler, toujours imaginative, facétieuse et attractive que ce soit dans les souvenirs ou dans les nouvelles inventions, malicieuses, même s’il est question du temps qui passe. Et nous gardons l’impression qu’en créant sa troupe de danseurs, il a fondé, pour lui-même, une grande famille et qu’il désire vraiment que les liens perdurent malgré le passage du temps.
Caroline Boudet-Lefort

