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Fin de cet événement il y a 1 mois - Date du 19 juillet 2017 au 20 août 2017

Un vent de liberté, de Behnam Behzadi

Niloofar, jolie femme autour de la trentaine, vit seule avec sa mère à Téhéran. Suite à une prescription médicale, pour protéger cette personne âgée des constants pics de pollution de l’air particulièrement nocifs dans la capitale, sa famille décide de l’écarter loin de toute agglomération dans une campagne paumée. Niloofar, la cadette d’une fratrie égoïste, devra aller vivre avec elle au Nord du pays où l’air est plus serein.

Comme elle est la benjamine et la seule de la famille sans conjoint ni enfant, ses aînés prennent la décision sans tenir compte de son avis. Elle s’est toujours pliée aux exigences des autres. Pourtant, cette fois elle leur tient tête et s’oppose à la décision familiale : c’est le principe de cette solution adoptée sans qu’elle soit consultée qui chiffonne le plus cette jeune femme. D’autant plus qu’elle a un travail qui lui tient à coeur et un soupirant auquel elle est loin d’être indifférente – ce qu’ignorent ces frères et soeurs qui jouent de leur droit d’aînesse.
Son inversion de comportement entraîne des conflits avec sa famille. Elle ne veut quitter ni son travail ni l’homme qui la courtise et elle s’oppose aux injonctions et aux vexations familiales, mais aussi à la suprématie masculine et au droit d’aînesse très important en Iran. Elle aurait au moins souhaité que son désir soit pris en compte dans cette situation difficile. Pourtant elle sera bien obligée de céder.
Comme souvent dans le cinéma iranien, le dérèglement climatique d’« Un vent de liberté » renvoie évidemment à de plus vastes considérations sur la situation politique de ce pays déchiré entre archaïsme et modernité.

La comédienne Sahar Dolatshahi interprète subtilement ce personnage nuancé de femme qui résiste face à la suprématie masculine.

Tous les autres comédiens sont également très convaincants. De forme classique, la mise en scène de Behnam Behzadi montre que chaque plan est pensé, millimétré, afin qu’au final le film exhale un humanisme terriblement émouvant.
En Iran, le cinéma est très apprécié. Dans ce pays où il n’y a aucune concurrence hollywoodienne pour cause d’embargo, la production cinématographique est très prolixe.

En France, nous ne voyons que peu de films réalisés là-bas, c’est donc toujours le meilleur du meilleur qui parvient ici.

Avec ce magnifique portrait de femme à la fois discrète et courageuse, le film, tout en subtilités, nous donne une image réaliste des codes sociaux en Iran, qu’il s’agisse du droit d’aînesse, de la condition féminine ou de l’opposition entre communautés urbaines ou rurales. Après « Before the Burial » (2008) et « Behind the Rules » (2013), le troisième long-métrage de Behnam Behzadi décrit donc comment une femme revendique sa liberté et cherche à obtenir un pouvoir de décision, mais, dans un pays où chacun doit respecter des règles très strictes, tout n’est pas gagné...
Caroline Boudet-Lefort

Sortie nationale en salles le 19 juillet 2017 - Photo de Une : Copyright Droits réservés

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