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Fin de cet événement dans 1 semaine - Date du 6 février 2019 au 3 mars 2019

TOUT CE QU’IL ME RESTE DE LA REVOLUTION de Judith Davis

Elle est en colère contre la terre entière et s’emporte à tout moment. Elle, c’est Angèle, cette jeune urbaniste qui cherche un travail en accord avec sa vision d’une « société idéale » où la ville aurait son centre prolongé jusqu’en banlieue. Elle voudrait changer le monde. Mais, comment appliquer ses idées « révolutionnaires » dans la réalité ?

Rageuse et déterminée, Angèle reste toujours sur la défensive et se méfie de tout engagement amoureux qui pourrait entraver sa lutte sociale. Elevée par son père seul, elle revient chez lui en quête d’un logement. Sa mère est partie, il y a longtemps, vivre à la campagne et la plaie de cet abandon ne s’est jamais cicatrisée. Sans qu’elle en est conscience, c’est ce qui rend Angèle en rage contre tous, comme si tout autre risquait de réactiver cette souffrance, en l’abandonnant à son tour.

Ce ne sera que dans des retrouvailles familiales – filmées avec beaucoup de tact, sans aucun pathos – que cette révoltée permanente pourra découvrir les bienfaits de l’apaisement et de l’acceptation de l’autre comme étant différent. Elle osera alors s’engager dans une histoire à deux avec son soupirant qui s’est accroché énergiquement (excellent Malik Zidi). Durant un instant, tous deux sont assis sur un banc, tandis que, comme un gag, s’entonne au loin un chant révolutionnaire de l’Union Soviétique. Le film est ainsi bourré de clins d’oeil amusants qui s’ajoutent à l’humour du discours que chacun débite à son tour, souvent à vive allure. Il faut suivre le rythme effréné où tous parlent aussi vite qu’un tir de mitraillette et écouter chaque monologue réjouissant, d’autant que le film raconte que la vie privée est déjà un engagement politique.

Comment parler des illusions gauchistes qui se sont cassées la gueule dans les années 80 ?

Comment compenser les échecs de ses parents ? En râlant, bien sûr. Mais quand on a le désir de tout changer, cela ne peut suffire ! En quoi Angèle pourrait-elle agir dans une société indifférente où chacun ne pense qu’à son bien-être personnel ? « Le monde, c’est nous qui le faisons », dit-elle en colère et décidée à vouloir tout changer autant qu’à fuir toute relation intime. Ses parents, anciens soixante-huitards, ont perdu leurs illusions. Tout en gardant sa même idéologie, son père s’est renfrogné dans une certaine léthargie, tandis que sa mère s’est installée en baba cool à la campagne, entre jupe longue et potager.( Dans ce rôle, on est heureux de retrouver Mireille Perrier dont la présence évoque le cinéma de Philippe Garrel et de Leos Carax. )

On rit beaucoup dans ce premier film de Judith Davis qui interprète elle-même Angèle.

Elle a entrepris de tourner ce film, fluide et énergique grâce à sa réalisation, mais écrit par tous les acteurs. Elle est totalement habitée par cette jeune engagée et enragée qu’elle a longtemps interprétée sur scène. Au départ, il y avait un spectacle du collectif « l’Avantage du doute », qui improvisait, avec un mélange de sujets personnels et de sujets de société, sur la notion d’engagement dans la suite des luttes de l’après Mai 68 dont l’héritage est complexe. « Tout ce qu’il me reste de la révolution » est un film sur le prolongement du propos de ce spectacle qui a obtenu un certain succès. Il en conserve son rythme enlevé avec des dialogues percutants, dits par une bande de comédiens épatants, dont Claire Dumas, la fidèle copine, toujours là !
Des scènes de groupes de paroles rythment le film avec humour, tout en égrenant des idées qui peuvent éveiller des prises de conscience sur le monde dans lequel nous vivons. D’abord très bavard et effréné, le film devient soudain silencieux et apaisé dans la dernière partie. « L’imagination au pouvoir », ça a un sens !

Caroline Boudet-Lefort

Photo de Une : Copyright Agat Films & Cie
Date de sortie 6 février 2019 (1h 28min)
De Judith Davis
Avec Judith Davis, Malik Zidi, Claire Dumas plus
Genre Comédie
Nationalité Français

Artiste(s)