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Fin de cet événement dans 1 semaine - Date du 25 août 2021 au 25 septembre 2021

Sortie ciné : FRANCE, de Bruno Dumont

Tourné à l’automne 2019 sous le titre « Par ce demi clair matin », « France » a attendu près de 2 ans afin d’être présenté en compétition à Cannes d’où il est reparti bredouille. Bruno Dumont est pourtant un habitué du Festival où il avait obtenu de multiples récompenses dont la Caméra d’Or, en 1997, pour son premier film « La Vie de Jésus », puis le Grand Prix pour « L’Humanité », en 1999 et en 2006 pour « Flandres ».

France est le prénom d’une journaliste-vedette de la télévision française semblant toujours prête à prendre des risques en partant sur tous les fronts, même les plus exposés dans les pays en guerre. Choisir ce prénom de « France », et l’afficher en titre, n’est sûrement pas un hasard. Dans ce film, Bruno Dumont dénonce la société du spectacle et le racolage cynique d’informations manipulées par des médias dénués de tout scrupule.

Ainsi pour se mettre en vedette, cette journaliste n’hésite pas à trafiquer les images et les reportages, de faire du choc avec du toc !

La première scène entre France (Léa Seydoux) et son assistante (Blanche Gardin) est à mourir de rire : au cours d’une conférence de Presse d’Emmanuel Macron, toutes deux se parlent par signes d’un bout à l’autre de la salle sans écouter la réponse du Chef de l’Etat à la question pourtant posée par France elle-même. Il a bien fallu avoir recours au numérique pour manipuler cette scène réjouissante dont on rit encore !

Bien sûr, certains films ont déjà dénoncé les abus de médias manipulateurs d’événements pour faire de l’audience ( « Le gouffre aux chimères  » de Billy Wilder, « Network » de Sidney Lumet, ...) mais ici, il s’agit à la fois de narcissisme et de pointer les abus de chaînes d’infos en continu prêtes à tout pour leur audimat.

Suite à un accident de la circulation dont elle est responsable, France découvre le quotidien des Français modestes et prend conscience de l’artificiel de sa vie de nantie. Elle en fait une dépression et se trouve prise dans un enchaînement d’événements qui précipite sa chute, alors que sa vie de couple ronronnait avec un mari plus ou moins ennuyeux (Benjamin Biolay). En cure de repos dans un Centre spécialisé, elle frémit aux approches d’un charmant soupirant qui la ramène à sa propre problématique. Elle est prise elle-même dans un piège tel qu’elle en posait sans scrupule. Aussi cynique soit-on, on peut conserver une certaine candeur. La boucle est bouclée....

Léa Seydoux est étonnante de justesse : à la fois caricaturale sans jamais en faire trop.

Elle aurait largement mérité le Prix d’interprétation féminine. Déjà audacieuse dans « La Vie d’Adèle » d’Abdelatif Kechiche, elle est devenue aujourd’hui une comédienne majeure. Il est dommage que victime du Covid, elle n’ait pu venir à Cannes cette année, donnant ainsi un retentissement supplémentaire aux quatre films qu’elle y interprétait (« Histoire de ma femme » d’Ildiko Enyedi, « The French Dispatch » de Wes Anderson, « Tromperie » d’Arnaud Desplechin, et donc « France »).

Avec le sujet de « France », qui semblait a priori fort éloigné de son univers, Bruno Dumont a pris un virage pour dénoncer une des plaies d’aujourd’hui qui ne semble pas vraiment gêner les accros de la télé, finalement avides de sensations fortes, vraies ou fausses.

Caroline Boudet-Lefort

Photo de Une : Copyright RogerArpajou/3B
Sortie en salles : 25 août 2021 en salle / 2h 14min /
Avec Léa Seydoux, Blanche Gardin, Benjamin Biolay

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