| Retour

Fin de cet événement il y a 1 mois - Date du 26 juin 2019 au 31 juillet 2019

LA FEMME DE MON FRERE de Monia Chokri

Actrice pour Xavier Dolan dans « Les Amours Imaginaires » (2010), la Québécoise Monia Chokri est très influencée par le cinéma de ce réalisateur pour son premier long-métrage, « La Femme de mon frère », présenté en ouverture de la section Un Certain Regard au dernier Festival de Cannes .
La femme du frère citée dans le titre n’apparaît pas aussitôt dans le film qui s’attarde sur la relation envahissante d’une soeur pour son frère. Brillante étudiante, elle vient de décrocher un diplôme à l’Université de Montréal où elle a présenté une thèse, solide et pointue, sur Gramsci. Sitôt sortie du bâtiment où elle l’a soutenue, elle lâche les feuillets de son mémoire qui s’envolent dans la neige suite à un coup de vent. Est-ce un signe ? Sans doute en avait-elle marre !

Sans boulot – ni argent, donc ! –, elle s’incruste chez son frère et tous deux jouent à un ping-pong de plaisanteries complices mais souvent vachardes ! Entre ballades et soirées, ils sortent partout ensemble avec une connivence fraternelle indestructible jusqu’à ce que l’invasion de la frangine pèse au jeune homme lorsqu’il tombe amoureux de la gynécologue de sa soeur, une belle blonde, intelligente et gentille. Tout, quoi !

Il avait accompagné sa soeur lors d’une visite médicale et l’attirance fut foudroyante et réciproque. Un couple se forme et la frangine devient encombrante : il n’y a plus de place pour elle. Les plaisanteries fraternelles deviennent encore plus lourdes et pesantes. D’où vient cette chaîne qui les a accrochés l’un à l’autre ? Le père, très bavard, n’aide pas à comprendre ce lien devenu encombrant.
La Femme de mon frère donne de délicieuses scènes tandis que d’autres sont plutôt plombées. Pas à pas, le film comique dessine le portrait en mouvement de cette jeune fille atypique, portée par une énergie farouche et naïve, et montre une avancée instable et fragile entre l’enfance qu’on quitte et l’adulte qu’on refuse d’être.

Dans son égoïsme et la relation fusionnelle avec son frère, cette jeune étudiante – plus si jeune, la trentaine ! – fait, tout de même, des choses étonnantes qui nous étonnent. Farfelue, indécise dans ses choix amoureux - avec des rencontres masculines qui n’accrochent pas - son personnage retient l’attention. Sa drôlerie poignante et son refus de maturité amusent, d’autant plus qu’elle découvre peu à peu ses multiples contradictions.

Oscillant d’un naturel fantasque à un effritement tragique, Anne-Elisabeth Bossé se montre excellente dans son rôle de pot-de-colle qui rejette les autres et Patrick Hivon est parfait en frère, beau mec comblé.

L’ensemble donne une comédie sympathique, même si tout est loin d’être parfait. Déjà, l’accent québécois est tel qu’on perd le piment de quelques répliques qui semblent amusantes. Mais, qu’importe, il y a largement de quoi rire par ailleurs dans cette histoire pleine de fantaisie !
Caroline Boudet-Lefort

Photo de Une : Copyright Memento Films Distribution

Artiste(s)