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Fin de cet événement Décembre 2014 - Date du 10 septembre 2014 au 31 décembre 2014

L’institutrice

Après « Le Policier » sorti en 2012, Nadav Lapid - un des jeunes noms prometteurs du cinéma israélien - a réalisé « L’institutrice », qui a eu un franc succès en séance spéciale à la Semaine de la Critique, en mai dernier.

L’INSTITUTRICE De Nadav Lapid

Malgré le titre du film, le personnage principal est un petit bout de chou de 5 ans, poète à ses heures. Son institutrice, elle, se contente d’être enthousiaste et de dérailler lorsqu’elle décèle, chez l’enfant son don prodigieux pour la poésie.

Subjuguée par ce petit garçon, elle ira loin, trop loin, en décidant de prendre soin de son talent, envers et contre tous.

A cause de son obsession irraisonnée, elle dépasse les bornes, jusqu’à commettre des actes fous, inconsidérés, lorsqu’elle rencontre indifférence ou même opposition, tant de la part de la hiérarchie de l’école que de la famille de l’enfant ou du cercle de poésie dont elle est membre. Et même de la part du petit prodige qui s’en fout.
Tandis qu’il déambule, la poésie gicle véritablement de la bouche de ce génie en culottes courtes, comme si ses pas était source d’inspiration dans une sorte de transe déclamatoire, fascinante pour celle qui y prête attention. D’abord surprise, ensuite attentive, seule l’institutrice place, en lui et dans son verbe, l’espoir fou d’une langue neuve, belle et mystérieuse, aussi décide-t-elle de faire en sorte que ce talent soit reconnu et admiré.

Elle incarne une forme de résistance qui se solde par un échec.

Preuve est faite que, dans une société pervertie où l’argent est roi et la violence généralisée, la poésie n’a pas droit à l’admiration, ni même à la reconnaissance. Le monde de la poésie est d’ailleurs décrit comme narcissique et dominé par des rapports de compétition avec des rivalités mesquines et dérisoires.
Bien qu’il évoque l’innocence de l’enfance, le petit garçon ne semble pas être si naïf. Sûr de son talent et de sa suprématie, il dégage quelque chose de trouble et même de démoniaque. S’il se livre, il se referme aussitôt, se verrouillant pour conserver le mystère de son inspiration.

Tout enfant, Nadav Lapid écrivait des poèmes qu’il récitait à sa nounou, avant d’arrêter à l’âge de sept ans. « Hagar » et « Une séparation », cités dans le film, ont été écrits par lui dans son enfance. Au départ, le film a donc une dimension autobiographique. Pourtant, réaliser un film sur une histoire d’enfant poète présentait de sérieux défis, notamment concernant la direction d’acteurs.

Après avoir auditionné beaucoup d’enfants, son choix s’est porté sur Avi Shnaidman pour sa spontanéité, parfois maladroite, et sa compréhension instinctive des situations du film.

Quant à l’institutrice, il a trouvé en Sarit Larry une radicalité, due à son engagement religieux, qui entrait en résonance avec le jusqu’au-boutisme de son personnage.
Que signifie le regard caméra de l’enfant qui fixe le spectateur à la fin du film ? Annonce-t-il l’élimination de l’art et de la culture dans une société matérialiste et cynique ? Autour de lui, à ce moment-là, le monde est laid d’une joie artificielle de gens piaillant autour d’une vulgaire piscine d’hôtel.
Le film souligne ainsi son cri de révolte contre la dégradation du monde d’aujourd’hui.

Photo de Une : Photo Avi Shnaidman, Sarit Larry © Haut et Court

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