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Émile Martin, projectionniste à l’ancienne et mémoire de la Victorine

À neuf ans, Émile Martin filme tout ce qui se présente devant son objectif. Arrivé à l’âge de 76 ans, qu’il ne fait pas, il adore revenir sur sa carrière de projectionniste des studios de la Victorine : "une vie formidable" dans le saint des saints dans son époque glorieuse. Un conte pour passionnés du septième art...

Les yeux brillants de toutes les étoiles du cinéma qu’il a croisées, Émile évoque plus qu’il ne résume son métier hors norme, plutôt en voie de disparition, qui implique de savoir préparer et monter un film.

Avec Montand, Delon, Girardot...

"Le dernier long métrage sur pellicule de 35 millimètres fut tourné en 1990, c’était Une Etoile pour deux" avec Lauren Bacall et Antony Quinn. Au moment de la transition numérique, Émile a été viré des studios parce qu’on n’avait plus besoin de ses services. Embauché par le Conseil général, il a ensuite parcouru vingt-deux communes du haut pays comme projectionniste de cinéma itinérant en 35 millimètres.

Le 15 juillet 1965, la date est précise, le jeune homme entre comme machiniste aux studios de la Victorine : "bien que fan de cinéma, je n’y comprenais rien". Par goût et par curiosité, il allait s’initier au métier.
Du jour au lendemain John Frankenheimer l’entraîne sur le tournage de Grand Prix qui dura cinq mois. Pendant les longs temps d’attente entre les prises "je jouais aux cartes avec Yves Montand".
Émile entre de plain-pied dans la famille du cinéma : Alain Delon, Annie Girardot, Simone Signoret, Mireille Darc, Mimie Mathy, Michel Fugain, Terence Young. Lira Film et la Gaumont tournaient chaque année un film ou deux sur le site niçois. Émile a assisté à La Panthère Rose de Blake Edwards. On le voit de dos dans sa nacelle pour la Nuit Américaine, ce bijou de film dans le film de François Truffaut, avec, dans la distribution, le sympathique Bernard Menez. Émile a d’ailleurs plusieurs fois servi de figurant.

Un "docu" de 96 minutes

Parce que la Victorine n’avait jamais investi dans les appareils nouveaux équipés de lampes au Xénon, il était "le seul projectionniste en France à utiliser la projection à l’arc, qui diffusait une lumière beaucoup plus forte". Et il rit au souvenir de l’écran jauni de nicotine, qu’il a bien fallu remplacer un jour.
Objets inanimés avez-vous donc une âme ? Non content de vivre au milieu de ses fantômes, une impressionnante collection d’objets de cinéma l’entoure : "je collectionne tout ce qui a trait au 7ème art depuis l’âge de 10 ans. J’ai découvert sous une bâche chez un collectionneur 150 longs métrages en 35 millimètres : La bataille des Ardennes, La Sirène du Mississipi, la Folle de Chaillot, presque tout Louis de Funès, Les Misérables avec Jean Gabin, le Titanic, un film avec Adamo...". Ses projecteurs, bobines, affiches, sont précieusement conservés.
Parmi ses rêves, celui de créer un musée sur l’ancien plateau 4 de 450 mètres carrés, ou dans l’ancienne Centrale Electrique où une génératrice de 1923 trône encore.
Émile Martin c’est la mémoire des studios de la Victorine. Il a tourné avec sa propre caméra l’envers des tournages (comme le Corniaud en noir et blanc). Il en subsiste un documentaire de 96 minutes, qu’on aimerait tant voir un jour...
Bref le clap de fin c’est pas pour demain !

Visuel de Une : Émile Martin a assisté à de grands tournages dans les studios niçois. (DR)

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