| Retour

Fin de cet événement 6 février - Date du 6 janvier 2021 au 6 février 2021

"Des hommes", de Lucas Belvaux

Il y a quelques années, Lucas Belvaux s’était aventuré dans un projet fou en réalisant autour de trois couples une trilogie : « Un couple épatant », « Cavale », « Après la vie ». Trois films indépendants qui se déroulaient en parallèle, chacun éclairant l’autre

Avec « Des hommes », cette fois il semble se lancer un sacré défi pour celui qui a lu le roman de Laurent Mauvignier dont l’écriture syncopée est telle que toute adaptation semblait impossible. Mais c’est réussi ! Luca Belvaux joue avec des procédés cinématographiques : flash-backs et récits non chronologiques se superposant pour respecter le fouillis de souvenirs racontés en désordre.

Interprété par le colossal Gérard Depardieu, on retrouve Feu-de-Bois, d’abord blotti devant la cheminée de sa maison délabrée, et, ensuite, arrivant au café de Patou où tout le village s’est réuni pour fêter l’anniversaire de sa soeur Solange. Il va faire un premier scandale en lui offrant un somptueux bijou largement au-dessus de ses maigres moyens - « avec quel argent volé ? » lui demande-t-on -. Car, avec sa sauvage brutalité, il n’est guère aimé des gens du pays. Et, deuxième scandale, il va qualifier de « bougnoule » l’Algérien du village et même menacer de lui «  casser la gueule ». L’Algérie, c’est ce qui a détraqué Bernard, alias Feu-de-Bois à cause de l’odeur qui le précède partout.

Cette guerre où il a vu des horreurs qui le hantent chaque nuit où les souvenirs le harcèlent en chassant tout sommeil. Suite à cette insulte, la police s’en mêle, « on va juste exiger des excuses », mais cet ours mal léché acceptera-t-il d’en faire ?

Bernard revoit son arrivée là-bas dans un bled, avec son cousin rival Rabut, qu’il cherche à humilier en l’appelant « le bachelier », comme si, dans ce trou perdu de la France profonde, obtenir un diplôme était une trahison à sa classe paysanne. Mais, c’est lui qui épousera la jeune « pied-noir » connue là-bas et qui plaisait tant aux deux.

Après tout ce qu’ils ont vu là-bas, ces tueries faites par les Français et celles par les « fells », dont ce carnage découvert en rentrant à la caserne, avec des panneaux partout « Soldats français, vos familles pensent à vous, retournez chez vous ». Non ! Au retour, avec les rancoeurs accumulées, rien n’a pu être comme avant. D’autant plus qu’en France, personne ne voulait savoir ce qui s’était passé là-bas. On rentre. C’est fini, c’est tout ! Une chape de silence !

Alors, comment transmettre ces horreurs qui n’étaient pas celles d’une guerre.

C’était « des événements », « une pacification ». Quelle tricherie ! On pense à tous ces « appelés » qui ont laissé une partie de leur jeunesse là-bas d’où ils sont revenus « matraqués » à tout jamais, aux répercutions traumatiques après leur retour. Lucas Belvaux fait aussi le choix de montrer les Français d’Algérie qui quittent ce pays en brûlant et en cassant tout : voitures, meubles,... pour ne rien laisser aux Arabes. Des images en noir et blanc d’actualités de l’époque s’incrustent dans le film.

Magnifiquement photographié, « Des hommes » est filmé en gros plans de visages de ces « hommes » et de paysages grandioses de la lumineuse Algérie ou de sous-bois en France.

Tous les comédiens sont formidables, aussi bien l’ours Depardieu que Darroussin et que Yoann Zimmer et Edouard Sulpice, leurs personnages en jeunes soldats.

Rarement traitée au cinéma, la guerre d’Algérie remue encore des plaies pas toujours cicatrisées, bravo au Belge Lucas Belvaux d’oser en parler. Avec un découpage de temps racontés sans chronologie, il suit de très près le livre, le respectant totalement avec des passages entiers dits en voix off par Jean-Pierre Darroussin, Gérard Depardieu, Catherine Frot quand elle relit les anciennes lettres écrites là-bas par Feu-de-Bois, ...

Film très puissant, « Des hommes » est estampillé du label Cannes 2020.

Caroline Boudet-Lefort

Sortie en salles (si pas de changement lié à la Covid 19 : 6 janvier 2021 / 1h 41min / Drame, Historique
De Lucas Belvaux
Avec Gérard Depardieu, Catherine Frot, Jean-Pierre Darroussin
Photo de Une : Copyright Synecdoche - Artemis Productions Photographe David Koskas

Artiste(s)