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Fin de cet événement il y a 5 mois - Date du 29 décembre 2021 au 23 janvier 2022

Ciné : "Tromperie" d’Arnaud Desplechin

Adapter au cinéma ce livre autobiographique que l’écrivain américain Philip Roth a publié en 1990 - sous le titre anglais « Deception » (qui signifie « Tromperie ») et traduit en France en 1994 (Ed Gallimard) - aurait semblé impossible et pourtant Arnaud Desplechin s’y est lancé avec audace et c’est une réussite !

Bien sûr le film est un peu du théâtre filmé, puisque le livre – et donc le film aussi - est tout en dialogues au cours de rencontres, durant un long exil à Londres à la fin des années 1980, entre le célèbre écrivain américain - Philip Roth, lui-même - avec les femmes qui l’entourent : son épouse et celles qui viennent régulièrement le rejoindre dans son cabinet de travail indépendant de son domicile.

Tout en dialogues plutôt littéraires, cela risquait de provoquer un ennui terrible. Mais, non ! Sans doute en grande partie grâce aux interprètes de ce film de chambre, ou plutôt de cabinet de travail d’un écrivain qui y reçoit ses conquêtes. Des nouvelles, des anciennes, des permanentes, des passagères... Toutes plus formidables les unes que les autres, car formidablement interprétées.

La lumineuse Léa Seydoux – le rôle féminin le plus important -, Emmanuelle Devos - très émouvante au téléphone - est une ex qui se meut dans une chambre d’hôpital à New York, Rebecca Marder, une ancienne étudiante qu’il a tenté de séduire, Anouck Grinberg, sa femme légitime à laquelle il ment tant et plus et qui lui montre ses contradictions ...

La misogynie de Philip Roth est bien connue que ce soit dans sa vie ou dans ses écrits. Les femmes, il les « consomment » sexuellement. Et intellectuellement en les utilisant pour ses écrits. Maintenant #Me Too est passé par là !

Avec son allure bienveillante, Denis Podalydès n’a pas le physique sec et anguleux de Philip Roth, ni en lui la perversité que l’auteur manipule allègrement. Quoi qu’il fasse, ce comédien ne saurait l’exprimer.

C’est Léa Seydoux qui reste dans le souvenir de ce film. Elle l’illumine...

Après en avoir fait une des interprètes principales de « Roubaix, une lumière », Arnaud Depleschin l’a à nouveau choisie pour « Tromperie » dans ce rôle totalement différent où elle est une Anglaise mariée, avec laquelle l’intense relation sexuelle se complète de longues conversations sur l’amour, le couple, la fidélité, l’exil, la mort, l’antisémitisme des Anglais,...

Dans ce huis clos au style plutôt froid et dépouillé, sans être pour autant dénué d’émotion, mais uniquement avec des dialogues, chaque comédien est à l’écoute de l’autre.
Les sentiments sont envisagés de façon subtile, montrant comment une femme peut se nourrir aussi de ce qui la détruit.

Arnaud Depleschin a profité du confinement obligatoire pour réaliser ce film qu’il avait en tête depuis longtemps. Cet enfermement dans un espace limité n’a pas empêché le film d’être photographié de façon éblouissante et de mettre en valeur tous ses interprètes au jeu si juste.

C’est dans la nouvelle sélection « Cannes Première » que « Tromperie » a été présenté au Festival de Cannes en Juillet dernier.

Caroline Boudet-Lefort

Photo de Une : (détail) Léa Seydoux, Denis Podalydès |© Shanna Besson - Why Not Productions
Sortie en salles : 29 décembre 2021 / 1h 45min
Par Arnaud Desplechin, Julie Peyr
Avec Denis Podalydès, Léa Seydoux, Anouk Grinberg

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