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Fin de cet événement il y a 1 semaine - Date du 24 août 2022 au 18 septembre 2022

Ciné : « Leila et ses frères », de Saeed Roustayi

C’est bien connu : en famille, on se déchire, mais en famille, on se soutient...
« Leila et ses frères » est une histoire de famille. Une famille où chacun roule pour soi-même. Sauf Leila. Elle se préoccupe de tous alors qu’elle est considérée par les autres comme une moins que rien, une soubrette tout au plus.

Leila a sacrifié toute sa vie pour ses parents et ses quatre frères, pourtant sa mère est un dragon et son père un égocentrique mesquin. Quant à ses quatre frères, ils sont tous des ratés qui pourraient rivaliser pour ce qui est de savoir glander à longueur de temps.
Lorsque l’Iran est soudain touché par une grave crise économique provoquée par les Etats-Unis, la famille de Leila croule sous les dettes. Ses frères ne bossent pas et sont incapables de prendre la moindre décision. Leila trouve alors une boutique pas chère qu’il serait possible d’acheter grâce aux économies de chacun. Elle propose de lancer l’affaire : il s’agit de toilettes publiques qui peuvent être transformées en commerce dont la rentabilité permettrait de s’en sortir.
Quand Leila et ses frères ont enfin réussi à mettre tout au point pour pouvoir réussir leur projet, ils sont confrontés à leur père dans une explosive réunion de famille.
En fait, la mort du patriarche de la communauté implique de désigner un nouveau « parrain » parmi la famille proche, ce qui tente le père sensible à cette haute distinction dans la tradition persane. Mais pour obtenir cette position, il doit verser une quantité énorme de pièces d’or.... Ainsi, le projet de Leila ne peut se réaliser : elle et ses frères resteront dans la panade !
D’autant plus que le prix de l’or s’écroule dans ce pays mis à genoux sur le plan économique par la politique internationale... Ça monte, ça descend, comme les escaliers et les pentes qui s’accumulent symboliquement dans le film où tout est hiérarchisé. Par exemple, la voix de Leila ne compte guère puisqu’elle est une femme, et pourtant c’est elle qui agit, qui conduit la barque, qui refuse obéissance...

Un an après « La loi de Téhéran » qui fit sensation lors de sa sortie en permettant de découvrir en France l’Iranien Saeed Roustayi, cette fresque familiale confirme la capacité talentueuse de ce réalisateur pour un cinéma intense, époustouflant.

Sauf une étonnante scène de foule de sortie d’usine pour cause de licenciement au début, le film reste en huis clos. Avec brio, le cinéaste révèle les motivations des personnages au compte-gouttes et captive avec ce fort lien familial empreint de rancoeur et d’une forme d’étouffement. La famille pourrait-elle risquer de se disloquer ?

Le film ausculte l’état d’un pays plein de contradictions, tiraillé entre la course au pognon du monde actuel et des traditions inamovibles. Trouver une place respectable et respectée devient d’autant plus difficile.

Tous les acteurs sont formidables et particulièrement, dans le rôle de Leila, l’extraordinaire Taraneh Alidoosti, découverte dans le cinéma d’Asghar Farhadi. Ses mots s’enchaînent comme des éclats de vie à la force réconfortante.
Très bavard, le film déverse un torrent de paroles qui dure 2 h 45. Il est étonnant qu’il n’ait point apparu au palmarès du denier Festival de Cannes où il était en compétition et où il fut très bien accueilli, tant par la presse que par le public.
Caroline Boudet-Lefort

Photo de Une : Copyright Amirhossein Shojaei

Sortie en salles le mercredi 24 août 2022

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