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Anthéa - Qui est Monsieur Schmitt ? de Sébastien Thiéry – Mise en scène de Jean-Louis Benoit

Où est l’embrouille ? Si les comédiens ne savent quels personnages ils interprètent, comment le spectateur le saurait-il ? Ils disent qu’ils sont Monsieur et Madame Bélier, mais policier et psychiatre disent qu’ils sont Monsieur et Madame Schmitt... Et d’ailleurs ils ne reconnaissent rien chez eux, ni les tableaux, ni les livres, ni les vêtements... Ni ce téléphone qui sonne - alors qu’ils n’en ont pas – et au bout duquel on demande Monsieur Schmitt !

Monsieur Bélier – pas plus que Madame Bélier – ne sait qui il est, ni où il est. La porte est bouclée à double tour et leur clef ne correspond pas à la serrure. Les voilà, tous deux, enfermés chez eux. A moins qu’ils ne soient coincés chez Monsieur Schmitt, et qu’ils soient eux-mêmes Monsieur et Madame Schmitt. D’ailleurs ils utilisent tantôt les prénoms des uns tantôt des autres, comme s’ils s’embrouillaient ....

Qui sont-ils donc ? Monsieur et Madame Tout-le-monde, des personnes banales dans un appartement banal...

Sébastien Thiéry n’hésite pas à aller loin dans le décalage humoristique pour proposer une pièce complètement déjantée sur un homme qui ne sait plus qui il est, et rien ni personne autour de lui ne l’aide. Bien au contraire, les autres ajoutent une louchée à l’embrouille. Cherchez l’erreur ! Non, vous ne la trouverez pas...

Est-ce une comédie ? une tragédie ? S’agit-il d’une farce ou d’un dédoublement de la personnalité ? La vie de Monsieur et Madame Bélier ne leur appartient plus. Ils sont dédoublés en Monsieur et Madame Schmitt, tout le monde leur dit et tout le prouve, ils sont bien obligés d’improviser dans leur nouvelle identité. Madame Bélier s’adapte mieux que lui à cette situation,Mettre en italique dans laquelle Monsieur Bélier, trop rationnel, résiste.

Sa femme semble pourtant prise dans la même folie jusqu’à l’arrivée de leur fils (encore un gag à découvrir), qui lui dit ses quatre vérités avant qu’il ne réponde « Merci bien ! » Mais, dès lors tout bascule : elle prend son mari pour un malade qui, lui, passe son temps à se justifier d’être celui qu’il n’est pas. Il s’agit de ne pas «  faire le saumon » et d’aller à fond dans le sens que les autres attendent de lui. A la fin, soudain tragique, il veut être «  un saumon heureux ».

Cette comédie de boulevard atteint la dimension d’un questionnement existentiel, d’une perte d’identité avec des situations absurdes, comme celle de jouer au ballon avec un psychiatre, dont le diagnostic est « Vous êtes incapable de vous remettre en cause ! »

Les comédiens interprètent leurs personnages avec le naturel du quotidien d’un couple sans laisser place à l’irrationnel, pas plus qu’au surnaturel de la situation. Stéphane de Groodt joue parfaitement ce Monsieur Bélier qui se laisse embrouiller en Monsieur Schmitt. Avec un air ahuri à souhait, Valérie Bonneton le suit dans sa quête identitaire, même si elle s’adapte plus vite à « changer de peau ». L’hilarité du public est l’heureuse réponse au talent des comédiens.

Caroline Boudet-Lefort

Photo de Une : ©Pascal Ito

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