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Fin de cet événement dans 1 mois - Date du 20 juin 2018 au 27 juillet 2018

A GENOUX LES GARS d’Antoine Desrosières

Elles sont deux soeurs tout aussi paumées ! L’une d’elles - la plus rieuse et la plus bavarde - s’est mise dans une sale situation dont elle tente de se dépêtrer : une fellation filmée, avec chantage à la vidéo diffusée sur Internet. Bien qu’elle soit libre et conquérante, cet imbroglio l’entrave comme une malédiction.

Antoine Desrosières a eu recours à des comédiens non professionnels, quoique ses deux actrices, Souad Arsane et Inas Chanti, aient déjà tourné dans son dernier court-métrage, « Haramiste ». « A genoux, les gars » semble d’ailleurs en être le prolongement.

Toutes deux ont participé, avec la coscénariste habituelle de Desrosières, Anne-Sophie Nanki, au scénario en grande partie improvisé par elles, tout autant que les dialogues, très riches et très crus dans le « dialecte » des banlieues de cités. Elles s’emparent des mots, les enveloppent de leur jargon au rythme particulier. Dans ces cascades vertigineuses de mots, le film s’écoute davantage qu’il ne se regarde.

Adepte d’un certain minimalisme, Desrosières déserte les conventions en abandonnant tout sentiment pour une séduction de pacotille qui règne sur tous leurs rapports.

Chacun se confie, s’expose, révèle sa dualité de frondeur, malgré un rien de sentimentalité. Et la question de la sexualité est abordée frontalement. Les comédiennes sont particulièrement épatantes et le film est indissociable de ces deux filles de cités qui inventent un féminisme de guérilla grâce à leur invraisemblable bagout et à leurs raisonnements retors.

Aujourd’hui la gent féminine ne se laisse plus démolir, elle réagit, elle se rebiffe et se venge si nécessaire.

C’est le cas de ces deux soeurs plus avisées qu’il n’y paraît face à ce « nouveau désordre amoureux », présenté sur un ton décalé.
Lycéennes, découvrant la sexualité, les deux soeurs sont manipulées par leurs « petits copains », mais elles sauront les manipuler à leur tour et se venger. Leur tchatche, qui ne manque pas d’humour, fait rire. Heureusement ! Car le film, qui peut plaire à certains, a cependant ses limites. Pourtant il serait bon que cette comédie soit montrée pour info dans les lycées. Impertinent et culotté, « A genoux, les gars » est surtout pour les ados.

Présenté au dernier Festival de Cannes dans la section « Un Certain Regard », le film a surpris de nombreux spectateurs, parfois agacés par ce jargon d’où ils étaient largués et mis en face de leur incapacité à gérer le machisme des banlieues.

Cependant, sur le plan sociologique c’était la découverte d’un univers dont ils ne connaissaient que des bribes via les médias.

Filmé au plus près des acteurs, avec de gros plans sur les visages, « A genoux les gars » laisse l’impression d’une série de sketches de sitcom.

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D’ailleurs, en décalé par rapport à la sortie du film (le 20 juin), une version série de 30 épisodes (de chacun 10 minutes) sera visible sur You Tube, afin d’exploiter tout le matériau réuni par Antoine Desrosières.

Caroline Boudet-Lefort

Sortie en salles le 20 juin 2018

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