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Fin de cet événement il y a 1 mois - Date du 2 août 2017 au 31 août 2017

Les filles d’Avril, de Michel Franco

« Les filles d’Avril » raconte la relation complexe entre une mère et sa fille déjà enceinte à seulement dix-sept ans. Quoique sans emploi, son petit ami est prêt à assumer sa paternité, aussi décident-ils tous deux allègrement de garder l’enfant. Mais, ils sont vite dépassés par leurs nouvelles responsabilités et font-ils appel, pour venir les aider, à Avril, la mère, habitant loin de la jeune maman et de sa soeur.

Avril semble apprendre avec joie et compréhension la nouvelle de la naissance de l’enfant. Elle arrive au plus vite pour aider sa fille, mais, en fait, c’est pour tirer les ficelles et manipuler le jeune couple en s’appropriant ce qui appartient à sa fille. Le bébé devient un enjeu de choix.
Peu à peu, Avril découvre une personnalité insoupçonnée. Chaleureuse, elle peut devenir froide et cassante, suscitant colère et exécration de la part de sa fille blessée et fragile.


Michel Franco a remporté, en 2012, le prix Un Certain Regard pour « Despues de Lucia », et, en 2015, le prix du meilleur scénario pour « Chronic », en compétition à Cannes.

Cette année, avec « Les filles d’Avril », il a obtenu le prix du Jury d’un Certain Regard présidé par Uma Thurman.

De film en film, le réalisateur reprend le même thème du harcèlement sadique qu’il cherche à décrire sous toutes les formes dont il envahit et détruit la vie quotidienne. Dans « Despues de Lucia », c’était en milieu scolaire, dans « Chronic » en milieu médical, cette fois c’est en famille que le harcèlement s’exerce sournoisement. Sous des allures de bienveillance, cette mère n’a de cesse de maltraiter sa fille et de lui nuire, introduisant des rapports de rivalité, jusqu’à franchir toutes les limites. Au mépris d’une cohérence psychologique, un virage scénaristique surprend en désavouant le parcours du personnage de la mère. Mensonges, secrets, compromis, lâchetés soutiennent une sombre mécanique qui ne semble guère compréhensible au spectateur.

Cependant le film tient la route grâce à une formidable interprétation.

Egérie de Julio Medem dans les années 90, l’Espagnole Emma Suarez a tourné avec Pedro Almodovar dans « Julietta » (Cannes 2016). Actrice épatante, elle se révèle convaincante dans le jeu des faux-semblants, mais aussi en mère sourde au désir de ses filles. Ana Valeri Becerril et Joanna Larequi sont également excellentes, avec un jeu subtil de deux soeurs qui s’épaulent et s’entraident.
Ce qui rend ce film attachant, c’est qu’il dépasse les caractéristiques sociologiques pour capter des rapports familiaux déchirants et tordus. Mais, mieux vaut garder une certaine distance en le regardant et éviter surtout toute identification à un des personnages de cette relation destructrice.
Caroline Boudet-Lefort

Date de sortie 2 août 2017 (1h 43min)
De Michel Franco
Avec Emma Suárez, Ana Valeria Becerril, Enrique Arrizon plus
Genre Drame
Nationalité Mexicain

Photo de Une : (détail) Copyright Lucia Films

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