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Fin de cet événement Septembre 2015 - Date du 26 août 2015 au 30 septembre 2015

Dheepan de Jacques Audiard

Pourquoi la Palme d’or à ce film au casting d’inconnus et aux dialogues pour la plupart exprimés en langue tamoule ? Peut-être « Dheepan » est-il le meilleur du pire, dans la mesure où la sélection cannoise n’était pas une année à chef-d’oeuvre ! Et il faut reconnaître que voir un film de Jacques Audiard, c’est quand même s’immerger dans un bain d’énergie où tous les sens sont exacerbés : un monde de vitesse, de dissimulations, de révélations. Mais aussi d’audace de la part du cinéaste d’avoir réalisé un film se privant des atouts de vedettes et de langue.

« Dheepan » est le parcours d’un trio familial qui s’est constitué de façon improvisée pour réussir à fuir leur pays et accéder au statut de réfugiés politiques en se faisant passer pour une véritable famille.

Le film commence par de violents combats lors d’un conflit civil au Sri Lanka. Parmi les combattants les plus acharnés d’une minorité hindoue bientôt écrasée, la caméra s’attache à un homme qui sera obligé de fuir au loin. Dheepan devient son nom de réfugié politique. Mais pour accéder à un passeport falsifié, il doit trouver une femme et un enfant et constituer à la va-vite cette fausse famille.

Malgré la fragilité de leurs liens imaginaires, ils se font passer pour un foyer uni dont le « père » trouve un travail de gardien d’immeuble dans une banlieue dite sensible où les barres d’immeubles sont à moitié désertées, avec des fenêtres murées et des murs noircis par la fumée. Pensant fuir la violence de son pays, Dheepan se retrouve confronté à celle des cités livrées à la loi des dealers.

Après s’être résigné aux humiliations infligées, l’ex-chef de guerre doit donc retrouver ses réflexes de machine à tuer, son corps docile exécutant soudain des gestes de bagarreur (ce qui n’est pas sans évoquer « History of violence » de Cronenberg). La violence, chère à Audiard, envahit alors l’écran, jusqu’à un surprenant épilogue familial rose bonbon où le trio, soudain transformé en histoire d’amour, est parvenu à atteindre l’Angleterre (ce pays est-il vraiment ce paradis imaginé ? les immigrés n’y sont-ils pas trop exploités ?)

« Dheepan » souffre d’une fin bâclée, peut-être afin d’être prêt juste à temps pour sa présentation dans la compétition cannoise.

Précipitation justifiée puisque, à l’étonnement général, le film a obtenu la Palme d’or ! Lui fut-elle attribuée pour couronner une oeuvre engagée (comme ce fut le cas dans l’ensemble du palmarès) ? Ou pour reconnaître et récompenser un grand réalisateur, même si ce film est plus faible que ses précédents ? Audiard est devenu le symbole du classicisme à la française. Les scènes les plus casse-gueule, il les impose avec une certaine insolence et étonne tout spectateur en réalisant un film social, sous tension, qui s’aventure dans la France des exilés et des demandeurs d’asile, ces réfugiés obligés de s’endurcir pour refouler la douleur de leur pénible passé et qui vendent sur le trottoir des roses ou des babioles.

Nouveaux héros, nouveaux visages, nouvelle langue...

Pour tenir les principaux rôles, le cinéaste a fait appel à des comédiens non professionnels qui font preuve d’une formidable puissance d’incarnation. Dans le rôle principal, Jesuthasan Antonythasan a lui-même une histoire rude. En 1984, alors âgé de 15 ans, l’acteur fut en effet jeté dans la guerre civile du Sri Lanka comme enfant-soldat des Tigres Tamouls s’opposant à la majorité gouvernementale cinghalaise. Réfugié politique en France depuis 1993, il a abandonné tout engagement pour devenir auteur de romans écrits en langue tamoule.
Une vie de comédien s’offre peut-être maintenant à lui....

Sortie nationale en salles le 26/08/2015

Photo de Une : Antonythasan Jesuthasan © Paul Arnaud - Why Not Productions

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