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Sally Gabori : aux racines des esprits

Sally Gabori commence à peindre à l’âge de 80 ans, réalise deux mille tableaux de très grands formats d’une qualité remarquable. Certains d’entre-eux font l’objet d’une exposition à la Fondation Cartier jusqu’au 6 novembre. Ces œuvres proviennent de prêts des plus grands musées australiens et du
musée Branly. Un événement.

C’est la première exposition en Europe de cette artiste hors normes : le spectacle est somptueux, l’histoire belle, le parcours incroyable, et tout en elle est un mystère pour nous, comme son nom si difficile à mémoriser : Mirdidingkingathi Juwarnda. Cela sonne comme un cristallin morceau de percussion, nous retiendrons son pseudonyme plus "facile" : Sally Gabori.
Sans avoir suivi d’études d’arts plastiques, sans être jamais pratiquement sortie de sa communauté dans des îles du nord de l’Australie, elle peint dans un style se démarquant nettement de celui des artistes aborigènes. Nous pourrions le rapprocher de notre courant occidental d’abstraction lyrique... au risque de heurter les critiques pointilleux. Ses combinaisons de couleurs, jeux de formes et superpositions de surfaces y font penser. C’est à nos yeux une peinture à la fois réfléchie et mouvante, nerveuse et paradoxalement contemplative. Sa puissance, ses couleurs vibrantes, chaudes et douces, et surtout sa grande liberté formelle lui a valu une renommée internationale immédiate.

Une peinture "primitive"

©A.C

Un pas de géant pour cette artiste appartenant à une communauté isolée de 125 personnes en 1944, peuplant une petite crique située au sud de l’île Bentinck, dernier peuple à être entré durablement en contact avec les colons européens. Comme nombres d’aborigènes, ceux-ci sont contraints à l’exil, rompant tous les liens avec leur culture et leurs traditions. Pour Sally Gabori, la révélation à la peinture s’est produite après la visite d’un centre d’art. L’Australie en recèle beaucoup sur tout son territoire. C’est de là que
proviennent les œuvres que nous connaissons ici en Europe, le plus souvent composées de petits points réalisés avec des bâtonnets trempés dans une peinture aux couleurs de pigments naturels.
Dès lors, elle consacrera sa vie à la peinture d’une façon entièrement personnelle, mais reprenant à l’instar des œuvres aborigènes les références topographiques et les récits comportant une signification profonde pour elle et sa famille, célébrant lieux et dieux.

Deux étages, le rez-de-chaussée et le sous-sol de la Fondation Cartier, lui sont consacrés, montrant différentes façons d’aborder la peinture. Des tableaux de six mètres de long qu’elle peignait d’une manière méthodique, plongeant son pinceau directement dans le pot de peinture. Elle en venait miraculeusement à bout en très peu de temps. Elle avait toute l’architecture de son tableau en tête, il fallait "juste" qu’il sorte. Magistral !

Photo de Une : DR A.C

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