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Arnaud Savary : une réponse paradisiaque à la négativité du monde

Arnaud Savary consacre sa vie à la peinture et à la poésie. Il est le neveu de Jérôme, le créateur du Grand Magic Circus, il ne s’en cache pas. Si nous nous échinons en vain à lui arracher un sourire pour la photo, il n’en n’est pourtant pas avare dans la relation humaine et le petit peuple bigarré qui habite ses tableaux non plus. On peut voir une de ses grandes toiles au forum Jorge François jusqu’au 30 juin à Saint Pierre d’Arene, derrière le Négresco.


Notre première rencontre s’est faite dans la rue de la Boucherie, dans un restaurant à deux tables nommé Mi Casa, on s’y installe confortablement à l’ombre de la ruelle. Arnaud m’accueille son tableau à la main en disant avoir apporté : « un morceau d’atelier ».

Précisons qu’il nous avait été chaudement recommandé par François Nasica, et que nous avions suivi depuis trois mois son activité sur Facebook où, depuis la Normandie, il a créé 100 dessins en noir et blanc, en cinq mois, sur du papier 65x50 cm. Nous étions curieux de rencontrer leur auteur. Mais c’est avec un inconnu que nous avions rendez-vous, et l’homme reste tout aussi mystérieux à l’issue de notre entretien !

On ne cerne pas un poète. Même s’il parle.


Arnaud est le produit d’une famille hors norme, des artistes, des intellectuel(le)s et des gens de la haute société : il nous apprend, dans le désordre, que son grand-père tutoyait Jean-Paul Sartre, qu’un ancêtre inspecteur d’académie et spécialiste d’art asiatique détenait une belle collection qui fut volée par les nazi. Que son parrain, disciple de Lanza del Vasto, vivait sur le plateau du Larzac, que sa grand-mère de qui il a beaucoup appris, a perdu beaucoup d’amis lors de la Shoa et qu’un autre de ses ancêtres ayant vécu au château de Coutances était un précurseur de l’aviation. Aussi que son père devint polytechnicien, alors qu’il n’avait jamais été scolarisé jusqu’à l’âge de 11 ans... Arnaud est une des branches de cet arbre. Comprendre l’homme nous semblait être un premier pas possible vers la compréhension de son œuvre.


Ce qu’il a dans le ventre, c’est à la fois cette famille incroyable, une blessure à peine cachée, une conscience aigüe du monde, et ces divers fardeaux ne sont pas étrangers à sa création.


Ce qui nous a plu immédiatement, ce sont ses tableaux saturés de personnages et de couleurs, peints d’une touche avide, d’une verve fiévreuse, urgente qui doivent alerter aussi les psychiatres...!

La matière vibre : «  on parlait comme ça de Goya » dit Arnaud en rigolant. Cette manière rapide qui raconte lui vient sans doute de ce que pendant des années il s’est exercé à la bande dessinée. Un appétit de peinture, un éclectisme qui se manifeste formellement dans ce qu’il appelle « cohésion des styles ». Puis : « ma peinture parle de philosophie, elle est remplie de codes, elle part de l’inconscient, elle vient de très très loin  ». Un festin de couleurs, un jardin d’Eden où se côtoient des foules d’hommes souriants et de mères avec enfants au bras, où chaque centimètre carré est exploité, où le vide n’existe pas, où les blancs servent de prétexte à de micros-tableaux. Si on grattait sous la couche, sous les déclarations politiques, les allusions au terrorisme, les multiples évocations aux problèmes de l’Afrique, les messages féministes, les références bibliques, allusions au multiculturalisme et au racisme, sous cette conscience du monde, c’est une souffrance intime qui surgit.

Il n’y a pourtant aucune violence dans ses tableaux, même s’il sont loin d’être calmes.

Arnaud déclare que sa manière de donner son coup de « pied dans la fourmilière » c’est faire : « une réponse paradisiaque à la négativité du monde ».
Par dessus tout Arnaud est poète, il peint comme il écrit de la poésie.

Annick Chevalier


Photos AC
Site de l’artiste http://savaryart.com/

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