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Fin de cet événement Septembre 2019 - Date du 6 juillet 2019 au 8 septembre 2019

Dali invité cet été au Grimaldi Forum

Concession à la coutume, les cimaises du Forum Grimaldi ne sont pas saturées par les œuvres de Salvator Dali à qui le lieu, recevant toujours des expositions exceptionnelles, sert d’écrin cet été. Que ce choix soit délibéré ou pas, subsiste à la fin de la visite l’impression que la mise en scène a un peu pris le pas sur les œuvres. On ne viendra donc pas chercher le Dali "monumental" dans cette exposition, ni les toiles emblématiques du génie du surréalisme, comme des montres molles et autres facéties de l’artiste catalan.

Les 50 secrets magiques...

Mais du spectaculaire, il y en a, comme cette visite virtuelle, casque 3D sur la tête, qui permet de s’immerger dans le paysage de Réminiscence archéologique de l’Angélus de Millet. Une "attraction" qui s’adresse à ceux qui ont gardé âme d’enfant.

Lit et deux tables attaquant férocement un violoncelle (détail). DR AC

Cependant, cette exposition intitulée Dali une histoire de la peinture conduit le public dans les pas de l’artiste, cherche à dévoiler son visage méconnu. Elle permet de découvrir, derrière le personnage excentrique célèbre pour sa stratégie du culte, l’investissement artistique livré dans son traité de peinture Les 50 secrets magiques. Il reprenait à son compte la formule d’Ingres "Le dessin est la probité de l’art". La virtuosité de son trait est si confondante que l’on se demande quel outil magique il a bien pu utiliser pour rendre aussi présents des détails presque invisibles à l’œil nu. Malgré ses modestes dimensions, 18 x 14 centimètres, Le Spectre du Sex-Appeal produit par cette maîtrise, que l’on retrouve aussi dans les gravures, une impression d’immensité.
À l’évidence, Dali s’est rendu à l’école des classiques Léonard de Vinci, Raphaël, Vermeer, Vélasquez, Millet, Ingres, Bouguereau. Palladio, que les perspectives captivaient, les impressionnistes, et ses contemporains, dont Tanguy et Miro ont exercé sur lui chez lui dans ses débuts une influence visible. S’il vouait une véritable admiration à Picasso, s’il a expérimenté
l’impressionnisme et le cubisme, il a bifurqué par la suite assez rapidement en théorisant sa "méthode para noïaque-critique" dès 1930 en développant des images doubles et en réalisant des chefs-d’œuvre d’ambiguïté visuelle.

Le maître (DR AC)

Ce parcours tortueux nous mène le long d’une trajectoire éclairée par la lumière de Cadaqués, qui a exercé une grande influence sur son œuvre.

Malgré toutes ces pistes et références, Dali reste difficile à cerner.

Touche à tout génial ou imposteur rusé, certains se sont posés sérieusement la question. En tout cas, il permet au spectateur de se tromper dans l’interprétation d’œuvres qui recèlent tellement de niveaux de lecture !
Violence et drôlerie
S’il est une vertu à laquelle nous pouvons être reconnaissants à Montse Aguer Teixidor, commissaire de cette exposition et directrice des Musées Dalí et du Centre d’Etude Dalinien à Figueras, c’est de nous faire découvrir des œuvres moins connues de l’artiste. La toile intitulée Lit et deux tables de nuit attaquant férocement un violoncelle, peinte après la mort de Gala, est une "contorsion topologique" ahurissante de violence et de drôlerie. Elle fait partie d’une bonne dizaine d’œuvres appartenant à La série des catastrophes lorsque Dali entre plus en phase avec la réalité de l’existence, dans son aspect expressionniste. Serait-il enfin devenu raisonnable sur ses vieux jours ?

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