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INTERVIEW : Gigi de Nissa et Manivette Records sous les feux de la rampa

A l’occasion de la sortie le 26 Avril 2010 de son album éponyme Gigi de Nissa alias Louis Pastorelli évoque un univers drôlement intimiste tout de folklore méridional. Depuis les studios de Manivette Records à La Ciotat, le Gigi réunit la crème des artistes occitans de cœur et d’esprit pour un album mi carnavalesque mi satirique, soubassophone et cougourdon à l’appui. Par ici la visite : Nux Vomica Man et Manue reine du Label Manivette Records répondent à nos questions –malheureusement pas en Nissart- !

Gigi de Nissa

A l’occasion de la sortie de votre album le 26 Avril 2010, vous serez en concert à Nice le Samedi 8 Mai à Ma Cave ainsi qu’à la FNAC le 18 Mai 2010. A vos yeux, Nice c’est un bon tremplin musical ?

Et bien d’abord j’y vis et j’y travaille depuis pas mal d’années ! Avec un horizon d’artistes différents on y a fondé l’association Nux Vomica. Dans les années 1990 cette effervescence culturelle et musicale on y participait déjà activement avec la création du groupe et du Carnaval Indépendant. Depuis, c’est ce que je continue à faire en revenant dès que possible à la chanson, et Gigi de Nissa c’est aussi cela.
Et puis j’ai toujours cherché à dépeindre la réalité en musique, cela me permettait de m’impliquer un maximum dans la vie locale. Dans l’album, je revisite d’ailleurs quelques compositeurs des années vingt qui écrivaient en nissart, Joan Nicola, Charles Millo, Louis Unia ; ce qui m’amène encore une fois à parler de la culture occitane. C’est aussi l’occasion de se resituer, de se remémorer à tout ce qui a été et qui n’existe plus, ces chansonniers qui parlaient de leur quotidien avec poésie et dont on ne se souvient guère. Tatou (interprète et fondateur de Massilia Sound System) parle de cela. Il a notamment écrit un morceau sur l’album en hommage à la composition musicale d’ici, à nos racines.

Qui est Gigi de Nissa ? Un double ? Un personnage de fiction ?

Je dirai que c’est un personnage qui parle du monde actuel, à la fois en niçois et français, il jongle entre ces deux langues pour le plaisir. Chroniquant le quotidien, il raille la politique locale, dépeignant les figures familières de la vie niçoise. Gigi de Nissa utilise certains instruments acoustiques étranges, de celui taillé dans le « cougourdon » au magistral soubassophone. Il parle également de ces compositeurs qui voyaient le monde comme une « poésie du bord de l’eau », calme et paisible quotidien méridional. Ceux là disaient « il faut prendre le temps de vivre » et Gigi de Nissa pense qu’il faut effectivement le prendre.

Quelles ont été les influences musicales majeures lors de la création de cet album ? Des groupes comme Massilia Sound System ou Fabulous Trobadors ?

Eh bien déjà à l’époque entre Nux Vomica et Massilia Sound System se rejoignaient des idées de partage, de communion musicale autour de l’occitan. Certains groupes similaires à notre démarche se sont divisés, quelques-uns ont arrêté, d’autres sont restés…dont nous.
Tatou m’a rejoint sur le projet Gigi de Nissa : je ne sais pas si l’on peut parler d’influence musicale mais le fait est qu’on partage encore aujourd’hui un héritage commun. Que ce soient Massilia Sound System ou les Fabulous Trobadors, leur volonté et la mienne s’inscrit dans une tradition populaire, on met en valeur ce qui n’a jamais été vraiment valorisé. Sans en oublier la touche perso : l’album devient intimiste à partir du moment où les valeurs d’antan s’additionnent à quelque chose d’inédit, un rythme moderne, lent, par exemple, et qui métamorphoserait à l’oreille de celui qui écoute une dame nature douce et tranquille, dans une région où il fait bon vivre.

Vous vous êtes accompagnés sur cet album de différents musiciens semblables à votre démarche. Racontez-nous votre collaboration avec Moussu T e lei Jovents ou Sauvaigo.

Cet album c’était vraiment l’occasion de travailler avec des artistes qui m’ont toujours été proches : Moussu T e lei Jovents par exemple est un projet du fondateur de Massilia Sound System, un groupe qui m’évoque beaucoup de souvenirs. Blu en est le guitariste émérite. Lorsque je me suis rendu à La Ciotat, où réside Manivette Records j’ai tout de suite travaillé avec Tatou de Moussu T, on s’était accordé là-dessus : lui donnait la direction musicale puis Blu faisait le travail concernant les cordes. Sauvaigo a quant à lui collaboré à l’écriture musicale de certaines chansons de l’album.

Le contact avec Manivette Records, cela s’est passé comment ?

Manivette Records, c’est une longue histoire d’amitié ! Avec les Nux Vomica on connaît Manue et son label depuis les débuts, et c’est elle qui a d’ailleurs eu l’idée d’inventer ce nouveau personnage qu’est Gigi de Nissa. Elle vous en parlera de vive voix (voir ci-dessous).
Sur l’album j’ai pu inviter qui bon me semblait, il n’y avait aucunes restrictions. On a fait appel à certains musiciens dont je vous parlais précédemment, ainsi qu’aux services d’une lutherie de cougourdon : ce légume exclusif au bassin méditerranéen est plutôt marrant pour ce qui est de produire des sons différents. Dire qu’au début du siècle on l’utilisait pour la cueillette de fruits... que de sons évocateurs ! Ajoutez le soubassophone et tout de suite on a une sacré couleur. Cela rappelle d’ailleurs à l’esprit les immenses cheminées des paquebots de la méditerranée…

Le banjo revient souvent dans vos compositions. C’est un instrument particulier pour vous ?

Le banjo, Blu en joue sur scène et on l’utilise avec le cougourdon ! Un instrument tel que celui-ci nous permet de retrouver une teinte blues particulière, que j’apprécie également par sa symbolique : richesse culturelle, ouverture au monde, musicalement proche d’une acoustique particulière, recherchée, etc. Pas mal de groupes qui chantent en Occitan s’en imprègnent.

Il était important pour vous de se détacher du groupe Nux Vomica pour un projet solo ?

C’est surtout important de travailler avec d’autres personnes, voir d’autres horizons, même si je n’abandonne pas du tout Nux Vomica. Travailler avec Moussu T, Sauvaigo etc., qui ont de vraies valeurs et qualités musicales cela me permet de différer par rapport à Nux Vomica, d’opérer un détachement. Du coup l’univers est plus personnel, tandis que Nux Vomica est plus du genre « carnavalesque », festif. Le projet solo Gigi de Nissa sa raison d’être c’est de s’exprimer pleinement, soi, ses sentiments, sa vie au quotidien, etc.

Marseille, Toulouse, Nice…Vous vous investissez dans une promotion de la culture du Sud et de l’Occitan depuis un certain temps déjà. C’est quelque chose d’important pour vous, sauvegarder cette histoire de la région ? Vous la pensez en danger ?

En danger… pas vraiment, c’est un peu fort tout de même. Mais il est vrai qu’il faut la faire vivre ! La culture occitane est comme toute culture régionale : c’est important d’en faire connaître l’existence auprès des jeunes générations. Et puis surtout il est essentiel de parler plusieurs langues, toute culture quel qu’elle soit permet un partage immédiat, avec ses apprentissages, sa vision du monde, ses propres valeurs. C’est une aventure qui peut mener parfois très loin. De Nice l’occitan m’a par exemple conduit en Catalogne, en Italie, jusqu’au Brésil, même.

Pour vous, art et politique cela fait deux ?

Qu’est ce que veut dire le mot « politique » ? Si c’est pour parler de la politique « politicienne » alors non, bien sûr, l’art ne doit pas servir, interférer. Mais s’il s’agit de la politique au sens noble du terme, c’est-à-dire le travail au quotidien, la vie de la cité, la politique qui s’investit dans le lieu où l’on vit, alors l’art doit permettre de se resituer dans un contexte social. A partir du moment où on l’utilise pour faire la fête, pour transmettre, pour enrichir un patrimoine, pour lui donner du sens, alors il est possible que les deux soient compatibles.

Vous êtes également à l’origine du Carnaval Indépendant Niçois au sein du groupe Nux Vomica. Pourquoi avoir voulu un projet tel que celui-ci ? Est-ce encore une fois une façon de faire passer un message politique… ?

Le Carnaval Indépendant, Nux Vomica…Gigi de Nissa s’inscrit dans cette lignée, évidemment. Le projet fait le focus sur plusieurs aspects musicaux de la culture niçoise. Le carnaval représente un moment particulier de cette création, de 1990 à 2000 : ca a été un projet parmi d’autres et Gigi en fait parti ; mais aujourd’hui je pense le faire durer encore un certain temps.

Enfin, votre actualité ? vos projets ? Nux Vomica ?

L’actualité en ce moment c’est surtout de faire connaître Gigi de Nissa, aller en Italie pour le montrer, le faire avancer. Je me concentre sur ce qui se fait de présent, même si d’autres événements sont en préparation, dont un nouvel album de Nux Vomica, ou un projet dans le comté de Nice, qui serait de partir en caravane de village en village pour animer avec d’autres jeunes une sorte de petit cirque itinérant musical...
Au final ce que je cherche à faire c’est de simplement montrer ce qu’on peut faire de la culture, de la musique, de façon positive. L’important c’est de réunir un maximum de gens et passer un très bon moment en chanson !

Manue de MANIVETTE RECORDS

Le label Manivette records affiche un drôle de nom…quelle en est son origine ? Son histoire ?

Manivette signifie Emmanuelle en occitan, mon prénom tout simplement ; c’est un label que j’ai crée en 2004 pour produire le premier album de Moussu T e Lei Jovents. Au départ je pensais trouver un producteur intéressé pour sortir l’album, j’ai eu beaucoup de contacts de maisons de disques qui me disaient que mon projet via Moussu T était génial mais personne n’avait d’argent pour le produire ! A l’époque déjà, les restrictions économiques… Donc, il me fallait produire une licence pour sortir Moussu T, ce que j’ai fait ; et en Avril 2005 le projet était monté. Après, on connaît l’histoire : d’autres albums de Moussu T et puis Gigi de Nissa récemment…

Vous produisez l’album de Gigi de Nissa qui est sorti le 26 Avril : comment s’est faite la rencontre avec Louis Pastorelli ?

La rencontre ne date pas d’hier ! Avant de monter Manivette Records je travaillais pour une association à Marseille, Mic Mac, qui avait pour but de diffuser la musique occitane dans la région. On travaillait déjà avec Nux Vomica. Cela fait longtemps que j’apprécie le travail de Louis Pastorelli, je savais qu’il écrivais pas mal de choses et qu’il avait un talent d’auteur interprète qui m’intéressait. Avec Tatou de Moussu T on lui a donc proposé un disque solo pour pouvoir donner libre cours à son talent et il a été partant assez vite. On s’est mis au travail dès que ça a été bon pour lui.

Vous vous basez sur quoi pour les juger Les démos qu’on vous envoie et peut être ensuite les produire ? Vous suivez une ligne musicale particulière ?

J’ai toujours du mal à répondre à cette question car je n’ai jamais produit que Moussu T et Gigi de Nissa ! Enfin depuis, ces derniers temps on me sollicite pas mal, mais comme c’est une question de production financière qui coute assez cher ce n’est pas évident de répondre aux demandes quelles qu’elles soient. Ceci dit je pense que si je continue à produire notamment d’autres artistes il me semble que cela se fera par rapport a des projets que je connais déjà. Donc pas forcement un nouvel artiste à lancer parce que le coup de foudre ca peut arriver mais c’est rare et je préfère du développement d’anciens, peu mais poussés au maximum. Comme ces artistes sont tous réunis autour d’une seule envie celle de chanter leurs racines (en occitan ou pas) on peut dire qu’effectivement je me permet de suivre une ligne musicale dont Gigi de Nissa s’inscrit légitimement.

Et vous Manue, quel est votre parcours ?

J’ai commencé en 1991 avec Bondage Records à Paris, un label de rock alternatif qui produisait alors les Bérurier Noir et Ludwig van 88. En 1992 j’ai travaillé sur Massilia Sound System et cela m’a permis de m’intéresser de près à la musique occitane. Les valeur prônées, la bonne humeur méridionale… cela m’a vraiment donné envie de participer à la promotion de la région et de sa culture. Je me suis donc installée à Marseille et avec Mic mac on a fait de la diffusion de spectacle, de concerts en occitan notamment.

Pourquoi le studio à la Ciotat ?

Cela s’est fait un peu comme ça, par ressenti. Les origines des musiciens de Moussu T sont à la Ciotat par exemple et moi-même j’aime beaucoup cette ville par rapport à son histoire, son chantier… Je m’y suis installée en 1997 et depuis Manivette records s’est concrétisé. Enfin, à force Marseille me fatiguait (rires), je suis donc restée sur La Ciotat.

Je n’ai pas trouvé de site internet : c’est normal ?

Non malheureusement. Pour l’instant je n’ai pas vraiment le temps à cela, pourtant cela ne saurait trop tarder. Il n’y a pas de site mais sur la page myspace de Moussu T on peut trouver des renseignements sur Manivette Records. En ce moment je travaille davantage sur le développement des artistes plutôt que sur la structure même. Il faudrait que je m’occupe un peu plus de moi c’est vrai (rires)…

Vous avez des projets à suivre de près ? Des artistes à nous conseiller ? Que vous produirez ?

Gigi de Nissa est pour le moment le projet le plus important, je travaille à fond dessus pour sa promotion. Ensuite le 23 Septembre le quatrième album de Moussu T sort. Il sera donc temps d’y consacrer toute l’énergie promotionnelle. Bien sûr beaucoup de disques que j’aime suivent le mouvement occitan, je les soutiens personnellement, mais pas professionnellement. Si je pouvais me le permettre je les aurai déjà produit mais financièrement c’est impossible. Le contexte actuel du marché du disque, c’est vraiment une gageure. Plutôt du genre bouché.

Contacts :

Ecouter Gigi de Nissa : www.myspace.com/gigidenissa

Manue
Manivette Records
18 rue Capitaine Badille

13600 LA CIOTAT
Tel : +33 (0)6 13 41 75 57 begin_of_the_skype_highlighting +33 (0)6 13 41 75 57 end_of_the_skype_highlighting / +33 (0)4 42 83 67 97
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