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Aurore Danloux

QUOTIDIEN MIS EN ART

Aurore Danloux, la fraîcheur et la spontanéité issues des réseaux

Derrière ses grandes lunettes, Aurore Danloux, jolie blonde de 23 ans, est plutôt discrète à la ville. Elle est artiste et architecte d’intérieur. C’est ce qu’elle aime dire aux gens quand ils lui posent la question. Pour la connaître, c’est du côté du web qu’il faut aller faire un tour. Et plus particulièrement sur les réseaux sociaux.
Sa vie comme son art sont sur le web. Tout a commencé avec un blog à 15 ans (les premiers skyblog pour ceux qui s’en souviennent). « J’aimais mettre en scène ma vie d’adolescente en crise et je l’utilisais vraiment comme un journal intime. C’est ce qui m’a intéressée par la suite dans les réseaux sociaux : cette manière d’exposer un journal intime aux yeux de tout le monde. C’était une façon pour moi de raconter les banalités de la vie quotidienne à travers mes yeux d’adolescente.
Des moments de la vie de tous les jours tournés en dérision », explique-t-elle.

© Anthony Mirial

Le tournant s’est fait avec l’apparition de Facebook (et depuis les réseaux sociaux Twitter, Tumblr, Pinterest, Instagram…). « Au-delà d’être un moyen de communication très libéré à l’échelle planétaire et qui permet de presque tout dire (en tout cas selon les pays) […], c’est à l’échelle de notre personne que les réseaux sociaux ont créé une sorte de mise en scène de soi. Je trouvais vraiment intéressant de se pencher sur cette exhibition sur la toile. Se montrer en permanence, montrer des choses de notre quotidien, des photos de nous, de ce qu’on fait, de ce qu’on voit, de ce qu’on mange, etc. Aujourd’hui, il faut de la mise en scène pour gagner l’œil du public : le but est désormais d’avoir le plus de « J’aime », le plus de vues possibles sur la toile ».

Immortaliser l’éphémère

Partie de ce constat, Aurore Danloux a voulu immortaliser ces moments que l’on publie sur internet. « Tout cela est assez éphémère. On publie, mais il y a un tel flux d’informations, d’images qui circulent, que j’ai voulu les figer dans le temps et les imprimer sur papier photo pour les sortir de la toile. J’en fais des agrandissements qui permettent d’exagérer cette mise en scène de soi-même, déjà bien présente sur les réseaux sociaux. » Elle en fait des autoportraits froissés. Froissés pour le rendu esthétique, pour donner plus de relief, mais aussi car cela est fidèle à sa manière d’être et de penser. « Je suis un peu brouillon, pas sûre de moi, c’est un mélange de tout ça », sourit-elle. « Cela reflète bien le fait que je ne me prenne pas au sérieux. Je suis capable de froisser mon papier, mon travail… Je travaille essentiellement en noir et blanc aussi, toujours pour l’esthétique. » La seule touche de couleur qui ressort de ses photos, c’est sa bouche rouge, symbole de la féminité qui lui permet de se faire remarquer et se mettre en scène.

© Anthony Mirial

De l’écriture façon blog à la place imposante de l’image

Aujourd’hui, ses réseaux sociaux de prédilection sont Facebook « même si cela a perdu un peu en créativité » et Instagram où elle est très active. On parle de plus en plus aujourd’hui de personal branding (faire de soi-même une marque, faire son autopromotion) pour alimenter le buzz, maintenir un fil d’actualité présent sur la toile. Aurore Danloux complète : « Les réseaux sociaux sont un bon outil pour travailler la communication des artistes, puisqu’on est directement sous l’œil du public, du spectateur, c’est encore plus radical qu’une exposition où les gens viennent par flux. Là on est véritablement soumis à la critique du public. » Une critique sans filtre et souvent plus crue car anonymisée par un écran d’ordinateur.

Un parcours tourné vers l’art

Option arts plastiques au lycée Estienne d’Orves à Nice, puis une école privée (ILEC à Nice toujours) pour un BTS design d’espace, elle savait déjà où elle allait. Aujourd’hui architecte d’intérieur, cette artiste originaire de Clermont Ferrand travaille quand elle peut et n’importe où sur son temps libre. « Je n’ai pas d’atelier. Mon atelier, c’est ma chambre, un avion, un café, n’importe où mais devant un ordinateur. La plupart de mes photos sont prises avec une webcam. Avec mon ordinateur, à l’endroit où je me trouve, je dégaine la webcam et j’écris les textes qui vont parfois avec. C’est ce côté spontané que j’aime vraiment dans les réseaux sociaux. Cette idée de prendre des photos sans les retoucher. La photo est comme elle est, on l’adore, on la garde. C’est vraiment de l’instantané comme on pouvait en avoir avant avec les appareils photo jetables, les polaroïds », se souvient-elle.

© Anthony Mirial

La plupart de ses pièces naissent sur un coup de tête, une inspiration, une pensée du moment. Les textes se font moins présents désormais, notamment à cause de l’évolution des réseaux sociaux, désormais plus tournés vers les images. « Ce que j’aime vraiment, c’est ce complexe entre l’exhibitionnisme et la pudeur. Je trouve que ça marque un peu mon caractère. Timide à l’oral mais à l’écrit, je me lâche. Ça peut être un équilibre assez intéressant quand on est une artiste femme aujourd’hui. […] Il faut savoir s’imposer, marquer les esprits. J’espère qu’à mon échelle, je peux marquer les gens qui passent. » Et si demain les réseaux sociaux n’existaient plus, elle prendrait sa place via d’autres mediums. « Je pourrais afficher dans la rue, dans des journaux, squatter la place comme je peux à travers d’autres médias, d’autres points de vue », se projette-t-elle.

Ses prochains projets artistiques, ils naîtront d’un moment, d’une énergie, d’un évènement qui lui donneront envie de créer, de réagir. Elle a bien quelques idées de pièces, mais rien de bien fixé dans son esprit. Alors voilà pourquoi on peut aimer cet art au regard neuf et spontané, mais encore (et pourvu que ça dure), sans arrière-pensée mercantile.
Rendez-vous sur la toile pour aller à la rencontre de l’univers d’Aurore Danloux, aussi connue sous le pseudonyme de mrs_a…

Photo de Une : © Anthony Mirial

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