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Le 61e Jazz à Juan est terminé, vivement le chapitre suivant en juillet 2023

C’est donc fini ! Après quelques enthousiasmantes soirées, le « Jazz à Juan » a terminé sa 61ème édition ! Au fil des jours, les passionnés étaient de plus en plus nombreux dans la pinède et s’il restait une partie des gradins vide les premiers soirs, elle s’est vite remplie de jour en jour et était au bord de l’éclatement lors des derniers concerts.

Rhoda Scott ©Alexandre Lacombe

Après deux années perturbées pour cause de virus, le doyen des Festivals de Jazz en Europe a retrouvé son exceptionnel rayonnement dans son cadre magique. Tout en remplissant ses oreilles de notes de musique, chacun peut admirer le coucher du soleil qui embrase le ciel de ses flamboyantes couleurs dorées, avant que, peu à peu, la nuit ne s’installe rendant la pinède d’autant plus splendide.

Donc « Jazz à Juan » n’a pas perdu de sa mythique réputation et continue d’attirer un public avide de soirées inoubliables.

Comment pourrait-on ne pas garder de merveilleux souvenirs des moments fascinants vécus au fil des ans dans cette fameuse pinède Gould ? Et comment ne pas se réjouir de retrouver certains « habitués » parmi les vedettes programmées ?
Ainsi Herbie Hancock a comme toujours conquis le public, alors qu’il est déjà venu une douzaine de fois, dont la première en 1963 avec Miles Davis alors qu’il était un jeune pianiste de 23 ans. Depuis avec la fusion du pop et du funk, il a toujours osé toutes sortes d’audaces que le public apprécie grandement. Cette année, il était précédé sur scène par le génial pianiste Tigran Hamasyan qui joue avec une belle énergie en changeant de style. Parfois ses mains courent avec délicatesse comme s’il s’agissait d’une forme de balade avec référence à ses origines arméniennes et, dès qu’il rejoint le trio, son jeu retrouve tout son dynamisme.

Venue à Juan uniquement en 1975, il y a donc fort longtemps que Rhoda Scott était très attendue, d’autant plus qu’elle vit en France dont elle a fait sa terre d’adoption pour y chanter, avec sa voix mélodieuse, aussi bien le gospel que la musique classique (elle a étudié avec Nadia Boulanger).

Le même soir, c’est Paul Anka qui a attiré de nombreuses groupies en reprenant ses tubes avec toujours le même succès (il est l’auteur du fameux « My way »). C’était sa première venue à Juan !

Paul Anka ©DR
Cecile McLorin Salvant ©Shawn Michael Jones

Dans une éclatante robe rose fuchsia, la nouvelle chanteuse Cecile McLorin Salvant éclabousse la scène de son charisme et entraîne le public tantôt en français ou tantôt en anglais. Elle a une magnifique voix qui monte très haut pour chanter « Ma plus belle histoire d’amour  » de Barbara, parmi des chansons évoquant souvenirs et fantômes du passé. Elle précédait George Benson qui a le rythme dans la peau en jouant – et improvisant ! - sur sa guitare : on ne s’en lasse pas malgré ses nombreuses venues à Juan et on en veut encore !
Cinquante-six ans après son premier concert à Juan, le Charles Lloyd Quartet est revenu avec un programme très diversifié d’un jazz alerte et audacieux qui épate toujours et surtout son talentueux contrebassiste. Derrière eux la mer frissonnait de joie !

Chucho Valdes et Paquito Drivera ©DR

La nuit était tombée quand Chucho Valdès et Paquito D’Rivera sont arrivés sur scène : pianiste impeccable, saxo endiablé (Paquito), trompette et/ou trombone claironnants (Diego Urcola) batterie frénétique (Dafnis Prieto), et grande dextérité de la contrebasse (Armando Gola). Une belle soirée !

La star annoncée le17 était Diana Krall, mais nous avons trouvé un grand plaisir à écouter le Joey Alexander Trio qui l’a précédée ! Ce jeune Balinais qui n’a pas encore 20 ans a commencé à apprendre le piano en autodidacte, et sans doute a-t-il le Jazz dans le sang, car il prouve un talent certain et un don pour l’improvisation. Cette première venue à Juan en annonce beaucoup d’autres, espérons-le. Quant à Diana Krall, très concentrée sur son chant et sa voix, elle a sans cesse gardé un visage fermé et, malgré une joyeuse robe à fleurs, elle nous a semblé encore plus austère que dans ses concerts précédents, pas le moindre sourire complice avec le public !

De joyeux sourires Gilberto Gil & Family nous en ont donné tant et plus ! Toute la famille du génial guitariste Gilberto Gil fait de la musique et c’est ensemble qu’ils sont tous venus : fils, filles et petits-enfants, même très jeunes : leur prestation s’est terminée par une bossa nova chantée d’une voix cristalline encore enfantine qui a fait danser tout le public de la pinède – enfin presque « tout » ! Avant lui, chacun a pu apprécier le Cross Currents trio composé du contrebassiste britannique Dave Holland, du saxophoniste américain Chris Potter et du percussionniste indien Zakir Hussain, le prince du tabla (instrument du nord de l’Inde) : la chimie entre les trois musiciens fonctionne à merveille.

La soirée du 14 juillet (traditionnellement offerte par la Ville d’Antibes Juan-les-Pins) était bien sympathique avec le Sébastien Farge Quartet. Le pianiste Amaury Faye, le batteur Francis Arnaud et le contrebassiste Gautier Laurent étaient menés par l’accordéon de Sébastien Farge, aussi tous quatre se sont-ils déchaînés pour la plus grande joie du public !
Avant le traditionnel feu d’artifice que le public de la pinède peut voir se refléter sur la mer, le saxophoniste et chanteur Thomas de Pourquery était accompagné par le Brass Band du Conservatoire de Musique d’Antibes Juan-les-Pins : une nouveauté à renouveler !

Le Festival s’est terminé magistralement avec la traditionnelle soirée de gospels

Le collectif Let’s Get Together a d’abord cité un texte de la Bible datant de 2300 ans qui dit que « Dieu nous aime tels que nous sommes », pour aussitôt enchaîner à chanter des blues du bon vieux temps. Menés par la chanteuse Lisa Spada (qui chante « Marie, ne pleure pas ! »), ils sont une dizaine – cinq hommes, cinq femmes – à partager avec le public leur plaisir communicatif de chanter des gospels avec une énergie diabolique. Une merveilleuse et dynamique soirée !
Ainsi, du 6 au 19 juillet 2022, la prestigieuse histoire du « Jazz à Juan » a continué d’être racontée avec un exceptionnel rayonnement qui devrait se poursuivre dans le chapitre suivant en juillet 2023 !

Caroline Boudet-Lefort

Le « off » est très important cette année et fait vivre le jazz partout de la petite pinède de Juan aux rues d’Antibes

Il perpétue ainsi le côté légendaire du « Jazz à Juan » en permettant des découvertes parmi les nouvelles générations d’artistes. 70 musiciens se produiront lors de 20 concerts gratuits pour le plaisir du plus grand nombre dans la pure tradition du jazz de la Nouvelle-Orléans. 28 dates sont prévues entre juillet et août.

Une soirée Gospel mémorable pour terminer ce 61e opus ! ©CindyVoitus

Photo de Une : Un Festival avec une vue à couper le souffle ! ©G. Lefrancq, OTC Antibes

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