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ANTHEA - Glenn, naissance d’un prodige d’Ivan Calbérac

Voilà une pièce passionnante, et fort bien interprétée, sur le célèbre pianiste Glenn Gould ! Un spectacle de choix que nous a offert Anthea !

Dès l’âge de 2 ans et demi, la mère très possessive de Glenn Gould, lui impose des leçons de piano et l’entraîne, avec des méthodes très punitives pour reconnaître chaque note jouée au piano. Il acquiert donc tout jeune une « oreille absolue », avant même de savoir lire et écrire.
Aussi, plus tard, il enthousiasme tous ceux qui l’entendent jouer avec son talent fou, et tous ses concerts sont de francs succès. Malgré la reconnaissance internationale, il refusera cependant très jeune (à 32 ans) de se produire en public, avec le sentiment d’être un singe qu’on vient voir dans un zoo, seul face à des milliers de spectateurs qui le regardent…
Glenn est phobique à l’excès et c’est ce que montre Ivan Calbérac – auteur et metteur en scène - dans cette pièce captivante qui souligne fort bien la relation nocive entre Glenn et sa mère castratrice.
Démissionnaire, le père est totalement dominé par sa femme qui prend toutes les décisions pour Glenn ne lui laissant jamais un mot à dire. Le jeune prodige se confie cependant à sa cousine Jessie, amoureuse de lui depuis toujours. S’ils tentent ensemble un french kiss, il aura la sensation d’une limace dans sa bouche !

Ce jeune homme, sans cesse tourmenté, reste hostile à tout contact physique. Et, quand un vendeur de piano lui donne cordialement une tape sur l’épaule, il s’estime fracassé et en fait tout un drame. Malgré l’aspect dramatique de ce personnage, le spectacle ne manque pas d’humour et le public rit bien souvent de l’excès maladif de Glenn. Ainsi, il est tellement frileux qu’il met un gros pull en dépit des 30°. Thomas Gendronneau se pare d’un fier ridicule dans ce personnage obsessionnel sans pour autant nuire à son talent d’interprète. Le seul enregistrement qu’il a daigné faire est les « Variations Goldberg » de Bach qui reste, dans le monde, le disque le plus vendu de musique classique

La mise en scène d’Ivan Calbérac mène avec entrain tout ce monde pathétique dans des scènes courtes, ramassées, précises.

Également auteur de la pièce, il a su parfaitement souligner le talent de pianiste de Glenn, victime de l’ambition démesurée de sa mère surprotectrice, tandis que son père se montrait faible devant la relation oedipienne entre sa femme et son fils névrosé qui ne pourra jamais se détacher de cette mère. Phobique et parano à l’excès, les psychiatres ont diagnostiqué à Glenn un autisme Asperger, mais trop tard : après sa mort.

La pièce réunit une distribution de premier ordre

Tous les comédiens sont parfaits de naturel. Bien sûr la pathologie de Glenn semble outrée, mais elle l’était ainsi dans sa vie. Thomas Gendronneau endosse à merveille ce rôle et explore toutes les nuances de la personnalité de ce personnage obsessionnel sans pour autant nuire à son talent de pianiste génial. Comme lui, Lison Pennec joue Jessie depuis la création. Sylvie Blotnikas a repris le rôle de la mère hyperprotectrice (en remplacement de Josiane Stoléru qui l’avait créé).
Le décor est sobre. Cependant, dans le cadre d’une fenêtre, de jolis paysages varient selon les lieux et les saisons (neige canadienne ou gratte-ciels new yorkais).
Si les dates des années s’inscrivent, on est cependant hors du temps avec les « manies » de ce pianiste si touchant quoique ridicule dans ses obsessions maniaques au point de faire parfois rire le public.

Thomas Gendronneau a trouvé la juste mesure pour jouer cet obsessionnel. Et la divine musique de Bach fait respirer le tout !


Caroline Boudet-Lefort

Visuel de Une : ©ANTHEA

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